• Écrire en chemin creux (la Croix Bara)

    Au fil du chemin

    Écrire en chemin creux (la Croix Bara)

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    - Attention aux racines! Lève bien les pieds pour ne pas trébucher. C'est bon? Alors, on y va. Regarde, un petit pont! C'est lui qui l'a construit.

    - Aussi?

    - Aussi.

    - Et le dinosaure, d'où sort-il?

    - Eh bien, on ne sait pas. Il l'a découvert dans un songe, à l'aube d'un matin d'hiver. C'était un animal fantastique qui s'imposait à sa pensée, qui s'imposait à ses mains. Alors voilà, il l'a fait.

    - C'est bizarre tout ça, tu ne trouves pas?

    - Il n'est pas fou, tu sais. Il rêve, il rêve, et nous attend sous le manteau de son mystère pour raconter les pas des villageois pressés dans le chemin encaissé et aussi rappeler les lettres des soldats aux épouses inconsolables. Non, il n'est pas fou.

    - Mais quand même, tout ce mélange, ça perturbe! Sarkozy avec le rhinocéros, Blanche-neige et De Gaulle!

    - C'est que cet homme n'a pas voulu trancher. C'est un éclectique.

    - Eclec quoi?

    - Éclectique. Ça veut dire qu'il ouvre son imaginaire à tout ce qui le touche. Créer quand ça lui plaît, disposer ses personnages à l'intérieur de son paysage, voilà ce qui l'intéresse et rien d'autre.

    - On dit qu'il a un musée...

    - Dans sa maison oui, mais je crois qu'il a aussi un musée de songes dans la tête et qu'il s'invente secrètement d'autres univers. Depuis l'enfance sans doute, ou bien pour oublier les souvenirs tristes.

    - On arrive au bout du chemin. C'est fini?

    - Non, ce n'est pas fini car le poète continue de créer quand il est seul, au cœur de son monde imaginé.

    - On rentre?

    - Oui, si tu veux.

    - Au moins, ici, on ne risque pas de se perdre!

    - Qui sait! A trop guetter les bêtes, à trop caresser les branches, à trop fixer les visages, ne risque-t-on pas d'oublier l'heure et le lieu où l'on se trouve?

    - Tu crois que l'endroit est enchanté? Que des créatures invisibles nous surveillent?

    - Non ma fille, c'est l'Histoire qui nous regarde avec ses grands et ses petits hommes... Écoute le tapage des faneuses, les messes dites à voix trop basse et le cris des chouettes messagères... L'homme du chemin n'est pas fou. Il a juste en lui un arbre clair qui fleurit depuis toujours, et fleurit et fleurit encore... 

     V. B.

    (écrit sur le sentier aménagé par P. Sourisseau à la Croix Bara)


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