• Un poème de René Arcos

     

    René Arcos (1881 - 1959) est un poète et écrivain français. Il était membre d’un groupe d’artistes appelé « groupe de l’Abbaye » avec, entre autres, Charles Vildrac et George Duhamel. Il est le deuxième à gauche au premier plan sur la photo ci-contre.

     

     

    Tout n’est peut-être pas perdu

    Puisqu’il nous reste au fond de l’être

    Plus de richesses et de gloire

    Qu’aucun vainqueur n’en peut atteindre ;

    Plus de tendresse au fond du cœur

    Que tous les canons ne peuvent de haine

    Et plus d’allégresse pour l’ascension

    Que le plus haut pic n’en pourra lasser

    Peut-être que rien n’est perdu

    Puisqu’il nous reste ce regard

    Qui contemple au-delà du siècle

    L’image d’un autre univers.

    Rien n’est perdu puisqu’il suffit

    Qu’un seul de nous dans la tourmente

    Reste pareil à ce qu’il fut

    Pour sauver tout l’espoir du monde.

     

    René Arcos


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  • "Nous n'appartenons à personne..."

     

     

     

     

    "Nous n'appartenons à personne sinon au point d'or de cette lampe, inconnue de nous, inaccessible à nous, qui tient éveillés le courage et le silence" (1)

    Là où tu te trouves, deux fois enfermée, par la maladie et le confinement, entends-tu ce souffle dans la langue du poète ?

    La fragile lumière de ton regard éclaire-t-elle encore les jeunes femmes qui ouvrent ta porte ?

    Le silence qui t'entoure réveille-t-il des secrets enfouis ?

    Les hirondelles sont de retour. Elles ont retrouvé leurs nids sous le porche. Cette nuit, j'ai rêvé de toi, avant, quand nous admirions ensemble le vol des oiseaux de passage.

    Nous reverrons-nous jamais ? Attends-nous, nous poserons nos mains sur la tienne, nous te ferons des baisers sur le front, nous te sentirons, te toucherons. Il faut attendre la fin de ce virus; ne pars sans que nous t'ayons offert nos rêves et nos larmes.

    En ton absence, à contre-silence, nous cherchons ton visage, la douceur de tes yeux. Et nous ré-enchantons ton souvenir, en ouvrant le tiroir des vieilles photos sépia comme un trésor vieilli par le temps et la tristesse.

    (1)Première phrase empruntée à René Char

    Claudine B. (avril 2020)


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    Boris Vian (1920 -  1959), est un écrivain, poète, parolier, chanteur, critique musical, musicien de jazz (trompettiste) et directeur artistique français. Ingénieur formé à l'École centrale, il s'est aussi adonné aux activités de scénariste, de traducteur (anglais américain), de conférencier, d'acteur et de peintre.

     

     

     

     

    Je veux une vie en forme d'arête

    Sur une assiette bleue

    Je veux une vie en forme de chose

    Au fond d'un machin tout seul

    Je veux une vie en forme de sable dans des mains

    En forme de pain vert ou de cruche

    En forme de savate molle

    En forme de faridondaine

    De ramoneur ou de lilas

    De terre pleine de cailloux

    De coiffeur sauvage et d'édredon fou

    Je veux une vie en forme de toi

    Et je l'ai, mais ça ne me suffit pas encore

    Je ne suis jamais content

     

    Boris Vian, "Je veux une vie en forme d'arête"


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    Louis Aragon est un poète, romancier et journaliste français (1897-1982). Il fut l'un des animateurs du surréalisme. À partir de la fin des années 1950, nombre de ses poèmes sont mis en musique et chantés par Léo Ferré ou Jean Ferrat, contribuant à porter son œuvre poétique à la connaissance d'un large public.

     

     

     

    J’ai rêvé d’un pays où dans leur bras rompus les hommes avaient repris la vie comme une biche blessée, où l’hiver défaisait le printemps, mais ceux qui n’avaient qu’un manteau le déchiraient pour envelopper la tendresse des pousses, j’ai rêvé d’un pays qui avait mis au monde un enfant infirme appelé l’avenir… J’ai rêvé d’un pays où toute chose de souffrance avait droit à la cicatrice et l’ancienne loi semblait récit des monstres fabuleux, un pays qui riait comme le soleil à travers la pluie, et se refaisait avec des bouts de bois le bonheur d’une chaise, avec des mots merveilleux la dignité de vivre, un pays de fond en comble à se récrire au bien.

    Et comme il était riche d’être pauvre, et comme il trouvait pauvres les gens d’ailleurs couverts d’argent et d’or ! C’était le temps où je parcourais cette apocalypse à l’envers, fermant l’œil pour me trouver dans la féérie aux mains nues, et tout manquait à l’existence, oh qui dira le prix d’un clou? mais c’étaient les chantiers de ce qui va venir, et qu’au rabot les copeaux étaient blonds, et douce aux pieds la boue, et plus forte que le vent la chanson d’homme à la lèvre gercée!

    J’ai rêvé d’un pays tout le long de ma vie, un pays qui ressemble à la douceur d’aimer, à l’amère douceur d’aimer.

    Louis Aragon


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  • Un poème de Jean Pierre Siméon

     

    Jean-Pierre Siméon est né en 1950. Il a écrit des œuvres de poésie et de théâtre. Il a été longtemps le directeur artistique du Printemps des Poètes. Agrégé de lettres modernes, il a enseigné à l’IUFM de Clermont-Ferrand. Il a parallèlement composé une œuvre variée : quatorze recueils de poèmes, mais également sept romans, onze livres pour la jeunesse et seize pièces de théâtre.

     

      

    LA DIFFÉRENCE


    Pour chacun une bouche deux yeux
    deux mains et deux jambes

    Rien ne ressemble plus à un homme
    qu’un autre homme

    Alors
    entre la bouche qui blesse
    et la bouche qui console

    entre les yeux qui condamnent
    et les yeux qui éclairent

    entre les mains qui donnent
    et les mains qui dépouillent

    entre les pas sans trace
    et les pas qui nous guident

    où est la différence
    la mystérieuse différence ?

     

    Jean-Pierre SIMEON, La nuit respire, 1987


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  • Un poème de Elodie Santos

     Je ne connais pas Elodie Santos mais j'ai trouvé ce poème sur le site  https://www.poetica.fr/ 

     

    Comprendre 

    Écrire un poème c’est
    comprendre le jour
    comprendre la nuit
    comprendre l’amour 

    Comme une fleur qui s’est fanée
    J’ai oublié la belle histoire
    qu’on me racontait quand j’étais petite
    Une histoire simple
    Une histoire bleue 

    Comme le vent qui s’est mis à souffler
    j’ai volé à toute vitesse
    Par dessus la prairie
    Par dessus la maison 

    Comme la vie qui ainsi continue
    Je continue de croire
    Qu’il faut
    Comprendre

     

    Elodie Santos 


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  • Un poème de Jean Tardieu

     

    Jean Tardieu (1903 - 1995)  est un écrivain et poète français, inventeur extrêmement fécond, qui s'est essayé à produire dans tous les genres et tous les tons : humoriste aussi bien que métaphysicien, dramaturge et poète lyrique ou formaliste. Avec une inquiétude métaphysique dissimulée sous l'humour, Jean Tardieu n'a cessé de se demander sans fin comment on peut écrire quelque chose qui ait un sens.

     

     

    Voici un de ses poèmes Extrait de, « Petits problèmes et travaux pratiques » Un mot pour un autre (Gallimard, 1951) qui vous permettra de passer du temps à réfléchir (ou rêver) pendant ce temps de confinement. 

     

    Étant  donné un mur, que se passe-t-il derrière? 

    Quel est le plus long chemin d'un point à un autre? 

    Étant donné deux points, A et B, situés à égale distance l'un de l'autre, comment faire pour déplacer B, sans que A s'en aperçoive? 

    Quand vous parlez de l'Infini, jusqu'à combien de kilomètres pouvez-vous aller sans vous fatiguer? 

    Prolongez une ligne droite à l'infini: qu'est-ce que vous trouverez au bout?

    Sachant que vous êtes immortel, comment organisez-vous vos journées ? 

    Où la Seine se jetterait-elle si elle prenait sa source dans les Pyrénées?

     


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  • Poèmes de Paul Vincensini 

     

     

    Paul Vincensini (1930 - 1985) est un poète français. Il écrit le plus souvent des choses courtes. Chez lui  il y a de la naïveté, de la légèreté, de l’humour mais aussi de la contestation avec un soupçon de tristesse. On peut le classer à côté de Queneau, Tardieu ou Vian.

     

     

     

    Tout doucement

    Je m'apprivoise

    Voyez-vous

    Tout doucement je m'apprivoise

    A voir ce que je vois

    Dans le peloton de laine grise

    Dont se joue mon chat

    Mon doux chat que je nomme

    En hommage à tous les oiseaux qu'il mange

    Mésange 

     

    Plein ciel

    L'oiseau seul

    A tout le ciel

    Pour s'étirer dans tous les sens 

     

    Il faudrait réconcilier l'intensité des regards et la chaleur des poignées de mains.


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  • Tracts de crise - Gallimard

    « Tracts Gallimard » se réinvente durant notre temps commun de confinement et de lutte contre la pandémie

    Chaque jour, durant cette période de crise, « Tracts » publie, sous forme numérique, des textes brefs et inédits d’auteurs déjà publiés dans la collection ou se sentant proches de celle-ci. Ces textes sont proposés gratuitement en téléchargement aux lecteurs ; il sera temps, après la crise, de les réunir et les publier sous forme imprimée, dans un recueil spécial de « Tracts ».

    Les « Tracts de crise », chacun à leur manière, selon leur tonalité ou leur vision singulières, rendront compte de ce qui se passe pour nous tous. On peut être isolé mais s’adresser à tous ; soyons solitaires et solidaires, ainsi que nous y invitait Albert Camus. 

    L’écrit a plus que jamais sa place pour nous aider à employer les mots justes ; les mots justes qui nous saisissent autant qu’ils nous libèrent.

    Ensemble et confinés, solidaires contre l’épidémie, pour les malades et les soignants, pour nous tous.

     

    Parmi les auteur·e·s :

    Albert Camus, Annie Ernaux, Erri de Luca, Claire Fercak, Cynthia Fleury, Danièle Sallenave, Didier Daeninckx, Frédéric Boyer, Pierre Bergounioux, Régis Debray, Stéphane Velut….

     

    Quelques extraits :

    « Presque un mois déjà passé à batailler entre les murs blancs de l’hôpital. Jour après jour, le confinement renforce un lien humain puissant, dans une intimité mêlée à la pudeur silencieuse des soignants qui ne souhaitent pas être des héros. » Christian Debry

     

    « Prenez garde, Monsieur le Président, aux effets de ce temps de confinement, de bouleversement du cours des choses. C’est un temps propice à la réflexion, aux interrogations, un temps pour imaginer un nouveau monde. Pas celui que vous n’aviez de cesse de vanter et dont on peut redouter, à certains signes, la reprise sans délai. » Annie Ernaux

     

    « C’est une expérience on ne peut plus contemporaine que nous sommes en train de vivre sous les dehors archaïques, moyenâgeux, d’une épidémie. La maladie, comme la circulation des biens, des personnes, de l’information présente un caractère planétaire, participe de la globalisation. » Pierre Bergounioux

     

    Pour en savoir plus et/ou les télécharger :

    https://tracts.gallimard.fr/fr/pages/tracts-de-crise

     


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