• Un poème d'Albane GelléAlbane Gellé. Née en 1971, elle vit autour de ses deux passions : cheval et poésie. Côté cheval, elle accueille petits et grands à Chênehutte (49) pour des moments équestres. Côté poésie, elle a publié une vingtaine de livres, et se déplace un peu partout pour les accompagner. Elle aime aussi beaucoup partager ses auteurs préférés, en accrochant leurs poèmes sur des chemins en forêt, en les partageant sur son blog, en emportant leurs recueils partout où elle va pour faire vibrer la poésie.

     

    Les ficelles emmêlées avec des nœuds

    dans la tête ça ne la gêne pas l’écriture

    c’est pas qu’elle démêle elle démêle rien

    elle dit rien elle se laisse faire je me

    débrouille avec elle il y a pourtant de l’air

    autour mais chaque fois que je me mets

    à écrire c’est comme si j’en avais manqué

    pendant des siècles je respire j’écris

    comme si je me remettais à marcher

    après un accident une maladie ça peut

    arriver plusieurs fois par jour un accident

    une maladie c’est pas rien mais c’est pas

    exceptionnel je n’écris rien d’exceptionnel

    les choses viennent et des mots se collent

    dessus dedans je m’en occupe je les

    accompagne un bout le désordre ne devient

    pas de l’ordre je ne range pas vraiment dans

    la langue j’essaie de trouver juste assez de

    lumière pour y voir clair quand ça arrive

    personne n’est là pour m’entendre de toute

    façon je ne dis rien

     

    Albane Gellé, Extrait de L’air libre, Le Dé Bleu


    votre commentaire
  • Amour kerne (Xavier Grall)

     

    Xavier Grall (1930 - 1981) est un poète, écrivain et journaliste breton. En 1952, il entre à la rédaction de La Vie catholique illustrée. Il collabore également pour Le Monde. Xavier Grall admire Rimbaud et Kerouac, poètes vagabonds. Il rêve d’une poésie qui représenterait l’idéal et qui ressemblerait à la rude et légendaire Bretagne.

     

     

     

     

    Amour Kerne

    à l’Ondine

     

    Je te prendrai dans l’émotion des landes

    muettement tu embrasseras ma terre

    Je te prendrai dans la clarté des fontaines

    avidement je te boirai

    Tu portes mes amours mauves

    dans la source des prunelles

    écoute

    les ajoncs et les plantes

    vont chanter pour nous deux

    la nuit fertile, la plage fraternelle

    Nous referons cette Cornouaille mortelle

    secrètement

    dans le lit des hautes herbes

    je te prendrai dans la grange verte

    et ton corps aux semences mélangé

    concevra tout un pays de fougères

    et de genêts.

    Ma belle amie sur la grève allongée

    comme moi désire la mer

    laisse-toi chavirer sous le vent des navires

     

    Xavier Grall


    votre commentaire
  • "Ce que j'entends" (Emmanuel Campo)

     

    Né en 1983, Emanuel Campo se revendique poète, slammeur repenti, rappeur récidiviste avec le groupe « PapierBruit » sous le pseudo Printemps 2004, agitateur de la compagnie « Étrange Playground ». Avec tout ça il trouve encore le temps d’écrire.

     

     

     

    Que la ville c’est le travail

    que le travail c’est la ville

    que la ville soit tu l’aimes soit tu la quittes pas

    qu’ici y a pas de métiers, y a que des emplois

    que si t’as pas le projet, tu trouveras pas l’emploi.

    Que derrière le périph’

    y a les bornes en voiture pour acheter son pain

    avec ou sans gluten

    y a le désert culturel

    qu’on peut se brosser pour se dire

    « Tiens, j’irais bien voir un spectacle » ou

    « J’irais bien rejoindre les copains dans le bar d’en bas »

    qu’encore plus loin, il fait souvent noir, même la nuit.

    C’est qu’on se posait la question de quitter la ville

    pour s’installer plus près de la nature.

    Depuis deux ans, j’ai d’étranges plaques sur la peau.

    On pensait chacun se faire son espace.

    L’atelier là, le studio ici,

    la bibliothèque à gauche, le jardin

    suspendu

    enfin, le calme.

    T’façon, plus personne ne nous rend visite

    à l’improviste

    et pour celles et ceux qui viennent,

    pouvoir les accueillir sur un barbecue douillet de brochettes, de bière locale, de musique et de débats à quatre heures du mat’ sans risquer de croiser les flics au rond-point après le premier verre.

    Alors on me raconte la peur du vide le manque d’aéroport et de filières d’études le coût de l’essence et les hivers froids l’entretien du réseau et celui du toit.

    C’est vrai qu’en ville l’école n’est qu’à trois cents mètres et y a ce truc dans lequel j’me suis lancé avec Machin. Je peux pas le lâcher.

    Alors on hésite.

    Seuls mes potes chômeurs m’encouragent

    on hésite toujours

    mes ongles tentant de soulager cette rougeur à la peau.

     

    Emanuel Campo


    votre commentaire
  • Un poème de Charles Juliet

     

    Charles Juliet (né en 1934 dans l’Ain) est un écrivain français. Il a reçu le Grand Prix des lectrices de Elle pour L’Année de l’éveil en 1989, le Prix Goncourt de la poésie pour Moisson en 2013 et le Grand Prix de l’Académie Française pour l’ensemble de son œuvre en 2017. Il vit à Lyon.

     

     

    Toi qui n'es jamais

    laide jamais flétrie

    si je te croise dans la rue

    inconnue et lointaine

    rayonnante

    maternellement proche

    entends la voix qui murmure

    ô mon amour

    sur ton passage

     

    Charles Juliet


    votre commentaire
  •  

    Né à Delhi en 1940, Momin Latif est certainement le seul poète indien contemporain d’expression française. Parlant, lisant, écrivant couramment l’ourdou, l’anglais, le français, c’est dans la langue de Rimbaud, d’Apollinaire et de Valery Larbaud qu’il a choisi de s’exprimer, sans doute par souci d’affirmer sa singularité.

     

    Avis à l’amoureux

     

    Ne sors pas dans la rue

    L’âme trop visible

    Sur tes yeux

    On devinera ton cœur

    Qui bat

    Ton foie gorgé de sang

    Tes entrailles qui frémissent

    Tu feras rire les enfants

    Tu rencontreras peut-être

    Le fauve

    Que tu aimes tant

    Ne lui fais pas peur

    Ne sors pas dans la rue 

     

    Momin Latif


    votre commentaire

  • votre commentaire
  • Un poème de Robert Desnos

    Robert Desnos est un poète français (1900 - 1945). Il a rejoint en 1922 l'aventure surréaliste. Dans les années 1924-1929, Desnos est le rédacteur de La Révolution surréaliste mais rompt avec le mouvement quand André Breton veut l'orienter vers le communisme. Il travaille alors dans le journalisme et, grand amateur de musique, crée avec succès des poèmes aux allures de chanson. Il est mort du typhus au camp de concentration de Theresienstadt, en Tchécoslovaquie à peine libérée par l'Armée rouge.

      

    Une voix, une voix qui vient de si loin

    Qu'elle ne fait plus tinter les oreilles,

    Une voix, comme un tambour, voilée

    Parvient pourtant, distinctement, jusqu'à nous.

    Bien qu'elle semble sortir d'un tombeau

    Elle ne parle que d'été et de printemps. 

    Elle emplit le corps de joie, 

    Elle allume aux lèvres le sourire. 

    Je l'écoute. Ce n'est qu'une voix humaine

    Qui traverse les fracas de la vie et des batailles,

    L'écroulement du tonnerre et le murmure des bavardages. 

    Et vous ? Ne l'entendez-vous pas ? 

    Elle dit "La peine sera de courte durée"

    Elle dit "La belle saison est proche."

    Ne l'entendez-vous pas ? 

     

    Robert Desnos


    votre commentaire
  • Presque rien...

     

     

     

     

     

    Devant lui une table, une assiette, un verre

    et une bouteille de vin.

    Sur la nappe, des taches rondes, un bouchon

    et des miettes de pain.

    Sur le mur, un fusil, astiqué, reluisant

    et la photo d’un chien.

    Devant lui toute sa vie

    presque rien.

    Derrière lui toute sa vie

    presque rien.

    Il a pris son verre plein

    l’a vidé d’un trait

    à la santé du chien.

     

    G A


    votre commentaire
  • J'ai rêvé d'un pays

     

     

     

     

     

     

    J’ai rêvé d’un pays …
    Où tous les gens, noirs, jaunes ou blancs, verraient la vie en rose.
    Où une vie heureuse ne serait plus une affaire d’argent.
    Où les yeux des enfants n’auraient plus peur en tendant la main.
    Où la vie ne serait plus un combat ou une guerre, mais une belle farandole.
    Où les cloches des églises embelliraient les moments les plus difficiles.
    Où le merci d’un affamé serait la plus belle des récompenses.
    Où la pluie qui tombe deviendrait une fontaine de vie intarissable.
    Où les larmes de bonheur seraient comme le plus beau des sourires…

    Jacques R. (Mai 2020)


    votre commentaire
  • Il suffit de presque rien

     

     

     

     

     

     

    Il suffit de presque rien.

     

    De la brise matinale qui souffle sa douceur sur nos silences

    du nuage blanc quand il joue avec la lumière et emporte les idées noires

     

    d’une rose sous la pluie

    de la marche de pierre usée par tant de pas

    et l’écho d’un poème quand le livre  se ferme

    de la fraîcheur d’un « je t’aime » à vif malgré le temps

     

    il suffit de presque rien

     

    de l’arbre qu’on enlace pour y sentir la vie

    du vaste théâtre des choses qui n’ont pas d’interdits

     

    de l’empreinte d’une phrase

    du bleu de l’enveloppe qui emporte les mots

    de l’air d’une chanson

     

    il suffit de presque rien.

     

    Lise L. (Mai 2020)


    votre commentaire