• "Ce que j'entends" (Emmanuel Campo)

     

    Né en 1983, Emanuel Campo se revendique poète, slammeur repenti, rappeur récidiviste avec le groupe « PapierBruit » sous le pseudo Printemps 2004, agitateur de la compagnie « Étrange Playground ». Avec tout ça il trouve encore le temps d’écrire.

     

     

     

    Que la ville c’est le travail

    que le travail c’est la ville

    que la ville soit tu l’aimes soit tu la quittes pas

    qu’ici y a pas de métiers, y a que des emplois

    que si t’as pas le projet, tu trouveras pas l’emploi.

    Que derrière le périph’

    y a les bornes en voiture pour acheter son pain

    avec ou sans gluten

    y a le désert culturel

    qu’on peut se brosser pour se dire

    « Tiens, j’irais bien voir un spectacle » ou

    « J’irais bien rejoindre les copains dans le bar d’en bas »

    qu’encore plus loin, il fait souvent noir, même la nuit.

    C’est qu’on se posait la question de quitter la ville

    pour s’installer plus près de la nature.

    Depuis deux ans, j’ai d’étranges plaques sur la peau.

    On pensait chacun se faire son espace.

    L’atelier là, le studio ici,

    la bibliothèque à gauche, le jardin

    suspendu

    enfin, le calme.

    T’façon, plus personne ne nous rend visite

    à l’improviste

    et pour celles et ceux qui viennent,

    pouvoir les accueillir sur un barbecue douillet de brochettes, de bière locale, de musique et de débats à quatre heures du mat’ sans risquer de croiser les flics au rond-point après le premier verre.

    Alors on me raconte la peur du vide le manque d’aéroport et de filières d’études le coût de l’essence et les hivers froids l’entretien du réseau et celui du toit.

    C’est vrai qu’en ville l’école n’est qu’à trois cents mètres et y a ce truc dans lequel j’me suis lancé avec Machin. Je peux pas le lâcher.

    Alors on hésite.

    Seuls mes potes chômeurs m’encouragent

    on hésite toujours

    mes ongles tentant de soulager cette rougeur à la peau.

     

    Emanuel Campo


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  • Un poème de Charles Juliet

     

    Charles Juliet (né en 1934 dans l’Ain) est un écrivain français. Il a reçu le Grand Prix des lectrices de Elle pour L’Année de l’éveil en 1989, le Prix Goncourt de la poésie pour Moisson en 2013 et le Grand Prix de l’Académie Française pour l’ensemble de son œuvre en 2017. Il vit à Lyon.

     

     

    Toi qui n'es jamais

    laide jamais flétrie

    si je te croise dans la rue

    inconnue et lointaine

    rayonnante

    maternellement proche

    entends la voix qui murmure

    ô mon amour

    sur ton passage

     

    Charles Juliet


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    Né à Delhi en 1940, Momin Latif est certainement le seul poète indien contemporain d’expression française. Parlant, lisant, écrivant couramment l’ourdou, l’anglais, le français, c’est dans la langue de Rimbaud, d’Apollinaire et de Valery Larbaud qu’il a choisi de s’exprimer, sans doute par souci d’affirmer sa singularité.

     

    Avis à l’amoureux

     

    Ne sors pas dans la rue

    L’âme trop visible

    Sur tes yeux

    On devinera ton cœur

    Qui bat

    Ton foie gorgé de sang

    Tes entrailles qui frémissent

    Tu feras rire les enfants

    Tu rencontreras peut-être

    Le fauve

    Que tu aimes tant

    Ne lui fais pas peur

    Ne sors pas dans la rue 

     

    Momin Latif


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  • Un poème de Robert Desnos

    Robert Desnos est un poète français (1900 - 1945). Il a rejoint en 1922 l'aventure surréaliste. Dans les années 1924-1929, Desnos est le rédacteur de La Révolution surréaliste mais rompt avec le mouvement quand André Breton veut l'orienter vers le communisme. Il travaille alors dans le journalisme et, grand amateur de musique, crée avec succès des poèmes aux allures de chanson. Il est mort du typhus au camp de concentration de Theresienstadt, en Tchécoslovaquie à peine libérée par l'Armée rouge.

      

    Une voix, une voix qui vient de si loin

    Qu'elle ne fait plus tinter les oreilles,

    Une voix, comme un tambour, voilée

    Parvient pourtant, distinctement, jusqu'à nous.

    Bien qu'elle semble sortir d'un tombeau

    Elle ne parle que d'été et de printemps. 

    Elle emplit le corps de joie, 

    Elle allume aux lèvres le sourire. 

    Je l'écoute. Ce n'est qu'une voix humaine

    Qui traverse les fracas de la vie et des batailles,

    L'écroulement du tonnerre et le murmure des bavardages. 

    Et vous ? Ne l'entendez-vous pas ? 

    Elle dit "La peine sera de courte durée"

    Elle dit "La belle saison est proche."

    Ne l'entendez-vous pas ? 

     

    Robert Desnos


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  • Un poème de Valérie Rouzeau

    Valérie Rouzeau, née en 1967 à Cosne-sur-Loire, est une poétesse et traductrice française. C'est son recueil Pas revoir édité en 1999 par Louis Dubost (Le Dé Bleu) qui l'a fait remarquer d'un nombreux public. Elle a traduit des auteurs anglophones : Sylvia Plath, Ted Hughes, William Carlos Williams, Stephen Romer…

     

    Je n 'aime pas la Terre car on dit qu'on y meurt

    Mais j'aime ses éléphants ses oiseaux ses grands singes

    Et ses tours sur elle-même tours autour du Soleil

    Ses saisons ses châteaux ses âmes non sans défauts

    Ses ânes ses coqs ses oies ses cailloux ses forêts

    Ses jardins ses abeilles mais pardon je radote

    J'ai déjà dit cela et puis que j'aime aussi

    De la Terre l'atmosphère

    Le satellite changeant qui s'épelle la Lune

    Influence l'océan l'humeur des coquelicots

    Ses hommes remplis d'eau auxquels je n'entends goutte.

     

    Valérie Rouzeau


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  • Je choisis de t'aimer en silence [Jalaluddin Rûmi]

     

     

    Djalāl ad-Dīn Muḥammad Balkhiou Rûmî, né à Balkh (actuel Afghanistan) en 1207 et mort à Konya (dans l'actuelle Turquie) en 1273, est un poète mystique persan qui a profondément influencé le soufisme. Son prénom, Djalal-el-din, signifie «majesté de la religion».


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  • Un poème de Fadwa Souleimane

     

    Fadwa Souleimane est une actrice syrienne alaouite, militante et poétesse, née le 17 mai 1970 à Alep et morte le 17 août 2017 à Paris.

     

     

     

     

     

    A toi

    Qui m’as tuée en ce temps-là

    Et que j’ai tué en ce temps-là

    Temps de tuerie

    Ce temps-là

    Viendra-t-il cet instant où

    Les yeux dans les yeux

    Nous verrons que nous ne sommes que le reflet de notre regard

    Qui dit : pardon

    Rien d’autre

    Pardon

    Vois ce pardon dans mes yeux

    Et filons

    La lumière perce devant nous.

     

    Fadwa Souleimane


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  • Un poème d'Hélène Dorion

    Hélène Dorion (née en 1958 à Québec)  a publié plus de trente livres pour lesquels elle a reçu plusieurs prix littéraires dont le prix Mallarmé, elle recevra le prix Athanase-David, la plus haute distinction accordée par le gouvernement du Québec en littérature.

    Ses livres sont traduits et publiés dans une quinzaine de pays. En 2012, la Bibliothèque Nationale de France lui a consacré une soirée hommage. 

    Pour en savoir plus : http://www.helenedorion.com/

     

    Vient le jour où la beauté borde notre chemin.
    On se penche sur la vie, et aussitôt
    on se relève, le cœur tremblant, plus fort
    d’une vérité ainsi effleurée. 

    Vient le jour où l’on pose la main
    sur un visage, et tout devient la clarté
    de ce visage. Tout se nourrit
    du même amour, d’un même rayon de bleu
    et boit au même fleuve. Tout va
    et vient dans un unique balancement des choses.

     

    Hélène Dorion


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  • Un poème de Paul MahieuPaul Mahieu, poète belge (1925 - 2005), grand amoureux des mots, qu’ils soient français, wallons, picards ou chtimis, ou même inventés de toutes pièces, il a mis tout son cœur dans sa propre écriture, mais aussi dans le « coup de pouce » à l’inspiration et à la confiance de tous ceux qui avaient envie de se lancer dans l’écriture.

     

    Tu prends le mot « sein »

    attention c'est un mot sensible, à manier avec infiniment de précautions, de la douceur s'il te plaît, de l'aménité, j'oserai dire du respect

    c'est un mot de main, de paume, de doigt, de bout d'ongle

    c'est un mot de regard, de voile, de halo

    ou de flambance, d'étincelle

    ou de prière, de poème

    c'est un mot de bouche, de lèvre, de bout de dent,

    de bout de langue

    et d'un rien de salive

    c'est un mot de framboise et de pêche

    d'aubépine et de serpolet

    c'est un mot d'écoute-cœur

    tu le prends, tu l'environnes, tu l'envoisines, tu l'encotonnes, de partout mais, je te le dis encore il a besoin d'amour, tu sais

     

    Paul Mahieu


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