• GioconGiconda Bellida Belli, née en 1948 à Managua, est une poète et romancière nicaraguayenne qui jouit d'une grande reconnaissance internationale.

     

     

     

     

     

     

     

    Châteaux de Sable

     

    Pourquoi ne m'as tu pas dit que tu étais en train de bâtir

    ce château de sable ?

    C'eût été si beau
    pouvoir entrer par son petit portail,
    parcourir ses couloirs salés,
    t'attendre aux parterres de coquillages,
    en te parlant depuis le balcon
    avec la bouche pleine d'écume blanche et transparente
    comme mes mots,
    ces mots frivoles que je te dis,
    qui n'ont rien de plus que le poids
    de l'air entre mes dents.

    Il est si beau de contempler la mer.

    Elle aurait été si belle la mer
    depuis notre château de sable,
    pourléchant le temps
    avec la tendresse
    basse et profonde de l'eau,
    divaguant sur les histoires qu'elle nous contait
    quand, enfants, nous étions un seul pore
    ouvert à la nature.

    Maintenant l'eau a enlevé ton château de sable
    à marée haute.

    Elle a emporté les tours,
    les fossés,
    la petite porte par où nous étions passés
    à marée basse,
    quand la réalité est loin
    et qu'il y a des châteaux de sable
    sur la plage...

     

    Gioconda Belli


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  • Frederico Garcia Lorca

    Federico García Lorca est un poète et dramaturge espagnol, également prosateur, peintre, pianiste et compositeur, né en 1898  et exécuté sommairement le 19 août par des milices franquistes.

     

     

     

     

    Onde, où t'en vas-tu ?

    Je m'écoule en riant
    jusqu'au bord de la mer

    Mer, où t'en vas-tu ?

    Remontant le cours d'eau je cherche
    la fontaine où me reposer.

    Que fais-tu, toi, peuplier ?

    Je ne veux rien te dire,
    Je ne puis que trembler !

    Où lancer mes désirs
    par le fleuve et la mer ?

    (Quatre oiseaux se sont posés
    sans but sur le haut peuplier).

     

    Federico Garcia Lorca,


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  • Gabriella Sica

    C’est à Rome, où elle réside depuis 1960, que Gabriella Sica (1950 - ) a étudié et qu’elle enseigne la littérature italienne. Elle appartient à la génération de la parola ritrovata (« parole retrouvée »), qui publia des textes entre 1980 et 1987 dans la revue Prato Pagano, dirigée par l’écrivaine elle-même.

     

    Je suis née le 24 en automne
    quand la terre s’ouvre à la pénombre
    et que bascule le cours des choses
    mais j’étais là à doucement semer
    dans les sillons des champs au milieu des socs
    recourbés, oui, à ne pas dérailler sortir
    du sillon, surgir comme bourgeon
    à la lumière verdoyer entre les feuilles.

     

    Gabriella Sica


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  • Cesare Pavese

    Cesare Pavese, Écrivain italien (1908 –1950). Peu d'existences aussi pleines de contradictions et de mystère que celle de Cesare Pavese reconnu comme le chef de file du roman néo-réaliste en Italie et dans le monde entier : en 195 il se suicide dans une chambre d'hôtel à Turin. Comme il l'a dit lui-même, la fascination de la mort était son «vice absurde». C’était un homme tourné vers le passé, qui a délaissé la compagnie des êtres humains pour étudier les légendes et les mythes ancestraux de sa campagne.

     

    Je passerai par la place d’Espagne.

    Le ciel sera limpide.

    Les rues s’ouvriront

    sur la colline de pins et de pierre.

    Le tumulte des rues

    ne changera pas cet air immobile.

    Les fleurs éclaboussées

    de couleurs aux fontaines

    feront des clins d’œil

    comme des femmes gaies.

    Escaliers et terrasses

    et les hirondelles

    chanteront au soleil.

    Cette rue s’ouvrira,

    les pierres chanteront,

    le cœur en tressaillant battra,

    comme l’eau des fontaines.

    Ce sera cette voix

    qui montera chez toi.

    Les fenêtres sauront

    le parfum de la pierre

    et de l’air du matin.

    Une porte s’ouvrira.

    Les tumultes des rues

    sera le tumulte du cœur

    dans la lumière hagarde.

    Tu seras là – immobile et limpide.

     

    Cesare Pavese 


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  • Annette von DROSTE-HÜLSHOFF

    Annette von Droste-Hülshoff, née en 1797 en Westphalie et morte en 1848 au bord du lac de Constance, est l'une des écrivaines et compositrices allemandes les plus importantes du xixe siècle.

     

     

    L’ÉTANG

     

    Il repose, serein, dans la lumière du matin,
    En paix, comme une conscience pieuse ;
    Quand la brise d’ouest embrasse son miroir,
    La fleur de la rive ne le sent pas ;
    Les libellules vibrent au-dessus de lui,
    Baguettes d’or, d’azur et de carmin,
    Et à la surface de l’éclat du soleil,
    L’araignée d’eau danse ;
    L’iris se dresse sur la rive
    Et écoute les berceuses des roseaux ;
    Un doux chuchotement arrive et passe,
    Comme un murmure : Paix, paix, paix !

     

    Annette von DROSTE-HÜLSHOFF


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  • William BlakeWilliam Blak (1757 - 1827) est un artiste peintre, graveur et poète pré-romantique britannique. Bien que considéré comme peintre, il s'est surtout consacré à la poésie. Il est l'auteur d'une œuvre inspirée de visions bibliques à caractère prophétique. Son style halluciné est moderne et le distingue de ses pairs, bien que ses thèmes soient classiques.

     

     

     

     

     

    CHANSON DE LA NOURRICE

     

    quand les voix des enfants résonnent sur la pelouse

    et que la colline retentit de leurs rires

    que mon cœur est paisible au fond de ma poitrine

    et que tout est calme autour de moi

     

    « rentrons, mes petits, le soleil a disparu

    et voici la rosée de la nuit.

    cessez vos jeux et rentrons

    jusqu’à ce que le matin revienne dans le ciel »

     

     » non, non jouons encore, le jour n’est pas fini

    et nous ne pourrons nous endormir;

    du reste les petits oiseaux volent encore dans le ciel

    et les collines sont couvertes de moutons »

     

     » c’est bon, c’est bon, allez jouez jusqu’à ce que vienne la nuit

    puis revenez à la maison pour vous coucher »

    les tout-petits bondirent, crièrent et rirent,

    et toutes les collines répétèrent leurs rires.

     

     

    William Blake


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  • Je suis ainsi pas autrement

    Je ne suis pas quelqu’un qui ment

    Par mon silence ou mon sourire

    Je dis bien ce que je veux dire

    Je ne suis pas quelqu’un qui charme

    Pour cacher la cause des larmes

    Je ne dis pas que tout est bien

    Qu’il faut accepter le destin

    Je ne viens pas en pécheresse

    En Pythonisse, en chasseresse

    Je ne viens pas pour endormir

    Ceux-là que vivre fait frémir

    Je ne suis pas quelqu’un qui chante

    Comme on parle à sa confidente

    Je ne viens pas vous murmurer

    Comme il fait bon être emmurés

    Je chante ce que je crois être vrai

    Et si je crie fort, c’est exprès

    Je viens vous dire qu’il faut vivre

    Autant, et mieux que dans les livres.

     

    Je suis ainsi, pas autrement

    Je ne suis pas quelqu’un qui ment

    Par mon silence ou mon sourire

    Je dis bien ce que je veux dire

    Qu’il faut s’inventer du bonheur

    Et l’arracher aux ricaneurs

    Aux exploiteurs, aux hypocrites

    Aux embaumeurs de marguerites

    Qu’il faut vivre au plus haut de soi

    Et faire du combat sa loi

    Quand ce combat avec les hommes

    C’est devenir ce que nous sommes

    Je suis ainsi, pas autrement

    Votre vie est mon élément

    Par tendresse, par amitié

    Je suis, je reste, à vos côtés

    Je suis ainsi, pas autrement

    Votre vie est mon élément

    Par tendresse, par amitié

    Je suis, je reste, à vos côtés

     

    GUILLEVIC


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  • "Je suis verticale", Sylvia Plath

    Sylvia Plath, (1932 - 1963)  est une poétesse américaine, qui a écrit aussi un roman, des nouvelles, des livres pour enfants et des essais. Si elle est surtout connue pour sa poésie, elle tire également sa notoriété de The Bell Jar (en français, La Cloche de détresse), roman d'inspiration autobiographique qui décrit en détail les circonstances de sa première dépression.

    Depuis son suicide en 1963, Sylvia Plath est devenue une figure emblématique dans les pays anglophones.

     

     

     

    JE SUIS VERTICALE

     

    Mais je voudrais être horizontale.

    Je ne suis pas un arbre dont les racines en terre

    Absorbent les minéraux et l’amour maternel

    Pour qu’à chaque mars je brille de toutes mes feuilles,

    Je ne suis pas non plus la beauté d’un massif 

    Suscitant des Oh et des Ah et grimée de couleurs vives,

    Ignorant que bientôt je perdrai mes pétales.

    Comparés à moi, un arbre est immortel

    Et une fleur assez petite, mais plus saisissante,

    Et il me manque la longévité de l’un, l’audace de l’autre.

     

    Ce soir, dans la lumière infinitésimale des étoiles,

    Les arbres et les fleurs ont répandu leur fraîche odeur.

    Je marche parmi eux, mais aucun d’eux n’y prête attention.

    Parfois je pense que lorsque je suis endormie

    Je dois leur ressembler à la perfection —

    Pensées devenues vagues..

    Ce sera plus naturel pour moi, de reposer.

    Alors le ciel et moi converseront à cœur ouvert,

    Et je serai utile quand je reposerai définitivement:

    Alors peut-être les arbres pourront-ils me toucher, et les fleurs m’accorder du temps.

      

     Sylvia Plath


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  • Pierre de Ronsard

    Pierre de Ronsard (1524 - 1585 ) est un des poètes français les plus importants du xvie siècle. « Prince des poètes et poète des princes», Pierre de Ronsard est une figure majeure de la littérature poétique de la Renaissance. Auteur d’une œuvre vaste en plus de trente ans. Imitant les auteurs antiques, Ronsard emploie d'abord les formes de l'ode (Mignonne, allons voir si la rose) et de l'hymne, considérées comme des formes majeures, mais il utilisera de plus en plus le sonnet.

     

    Quand vous serez bien vieille

     

    Quand vous serez bien vieille, au soir, à la chandelle,
    Assise auprès du feu, dévidant et filant,
    Direz, chantant mes vers, en vous émerveillant :
    Ronsard me célébrait du temps que j’étais belle.

     

    Lors, vous n’aurez servante oyant telle nouvelle,
    Déjà sous le labeur à demi sommeillant,
    Qui au bruit de mon nom ne s’aille réveillant,
    Bénissant votre nom de louange immortelle.

     

    Je serai sous la terre et fantôme sans os :
    Par les ombres myrteux je prendrai mon repos :
    Vous serez au foyer une vieille accroupie,

     

    Regrettant mon amour et votre fier dédain.
    Vivez, si m’en croyez, n’attendez à demain :
    Cueillez dès aujourd’hui les roses de la vie.

     

    Pierre de Ronsard, Sonnets pour Hélène, 1578


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  • Le cantique des cantiques, cantique 1

    En plein cœur du Livre des Sagesses, ou Livres Poétiques, selon la bible hébraïque ou la bible chrétienne, se trouvent des poèmes érotiques... L'érotique est-il une voie d'accès vers le divin ? Sexe et sacré font-ils bon ménage ? La poésie est-elle la voix du cœur ?

     

     

     

     

     

    1 Cantique des cantiques, de Salomon.

    2 Qu'il me baise des baisers de sa bouche! Car ton amour vaut mieux que le vin,

    3 Tes parfums ont une odeur suave; Ton nom est un parfum qui se répand; C'est pourquoi les jeunes filles t'aiment.

    4 Entraîne-moi après toi! Nous courrons! Le roi m'introduit dans ses appartements... Nous nous égaierons, nous nous réjouirons à cause de toi; Nous célébrerons ton amour plus que le vin. C'est avec raison que l'on t'aime.

    5 Je suis noire, mais je suis belle, filles de Jérusalem, Comme les tentes de Kédar, comme les pavillons de Salomon.

    6 Ne prenez pas garde à mon teint noir: C'est le soleil qui m'a brûlée. Les fils de ma mère se sont irrités contre moi, Ils m'ont faite gardienne des vignes. Ma vigne, à moi, je ne l'ai pas gardée.

    7 Dis-moi, ô toi que mon cœur aime, Où tu fais paître tes brebis, Où tu les fais reposer à midi; Car pourquoi serais-je comme une égarée Près des troupeaux de tes compagnons?

    8 Si tu ne le sais pas, ô la plus belle des femmes, Sors sur les traces des brebis, Et fais paître tes chevreaux Près des demeures des bergers.

    9 A ma jument qu'on attelle aux chars de Pharaon Je te compare, ô mon amie.

    10 Tes joues sont belles au milieu des colliers, Ton cou est beau au milieu des rangées de perles.

    11 Nous te ferons des colliers d'or, Avec des points d'argent.

    12 Tandis que le roi est dans son entourage, Mon nard exhale son parfum.

    13 Mon bien-aimé est pour moi un bouquet de myrrhe, Qui repose entre mes seins.

    14 Mon bien-aimé est pour moi une grappe de troène Des vignes d'En Guédi.

    15 Que tu es belle, mon amie, que tu es belle! Tes yeux sont des colombes.

    16 Que tu es beau, mon bien-aimé, que tu es aimable! Notre lit, c'est la verdure.

    17 Les solives de nos maisons sont des cèdres, Nos lambris sont des cyprès.


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