• "Voix", de Claude BurneauClaude Burneau est un poète, conteur, photographe et animateur d'ateliers d'écriture français né en1951 à Grosbreuil (Vendée) et mort à 64 ans à La Roche-sur-Yon. Il est l'un des créateurs des éditions SOC & FOC qu'il a animées de 1979 à 2015.

     

     

     

     

     

     

    Voix

    J'ai dans mon souvenir le velours de ta voix, quand tu venais à bout de mes terreurs du soir Tu inventais des loups qui savaient éloigner ceux de mes cauchemars, et des enfants vainqueurs de terribles géants. Mon sommeil achevait la fuite des sorcières, et je domptais la nuit au plaisir de tes mots.

    Claude Burneau


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  • "je te donnerai...", Luce Guilbaud

    Luce Guilbaud (née en 1941 en Vendée) est poète et peintre. Elle a vécu en Guyane avant de mener une vie d'enseignante dans le Loiret. Depuis 2002, elle est revenue dans le sud de la Vendée, où elle se consacre à l'écriture, à la peinture et à la gravure. Elle a écrit ou illustré plus de cinquante ouvrages.

     

     

    Je te donnerai des tapis de cyclamens,

    Des éclats de lumière à travers les feuilles,

    Des écroulements de grappes dorées.

    Je nommerai pour toi les choses qu’il ne faut pas heurter,

    Je t’apprendrai à nouer les rêves,

    A faire jaillir les arcs-en-ciel.

    Nous nous apprivoiserons,

    Nous copierons le chant de l’alouette

    Et l’audace de ses trajets.

    Ensemble, nous éteindrons la solitude,

    Nous tiendrons mieux debout.

     

    Luce Guilbaud


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  • Enivrez-vous


        Il faut être toujours ivre. Tout est là : c'est l'unique question. Pour ne pas sentir l'horrible fardeau du Temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve.

        Mais de quoi ? De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. Mais enivrez-vous.

        Et si quelquefois, sur les marches d'un palais, sur l'herbe verte d'un fossé, dans la solitude morne de votre chambre, vous vous réveillez, l'ivresse déjà diminuée ou disparue, demandez au vent, à la vague, à l'étoile, à l'oiseau, à l'horloge, à tout ce qui fuit, à tout ce qui gémit, à tout ce qui roule, à tout ce qui chante, à tout ce qui parle, demandez quelle heure il est ; et le vent, la vague, l'étoile, l'oiseau, l'horloge, vous répondront : « Il est l'heure de s'enivrer ! Pour n'être pas les esclaves martyrisés du Temps, enivrez-vous sans cesse ! De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. »

    Charles Baudelaire 


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  • "Femme" de Savannah Savary

    La poète haïtienne Savannah Savary (1965 - ) sait faire vivre sa poésie jusqu’en dehors de ses vers. Son style très original, d'un lyrisme gorgé d'émotion, happe l'attention du lecteur et interpelle sa mémoire.

     

     

    Femme du tréfonds des univers

    femme coulée d’argile et d’or

    femme cadeau de l’enfer

    femme trophée de guerre

    femme souveraine des hommes

    femme entrailles d’abondance

    au visage de ma mère

    au visage de ma sœur

    au visage de l’inconnue

    le verdict entaché de larmes éternelles

    lavant draps oreillers et matelas

    de la matrice à la tombe

    dis-moi pourquoi tes tripes logent

    l’amertume le pardon le remords

    l’acceptation la révolte la colère

    sous les côtes de l’autre

    le mâle endimanché

    de son glaive de son poing

    de son fusil de son discours

    gouffre qui te fascine

    en un souffle rauque

    sous la dureté du ventre

    douce femelle sans saison

    ta renaissance viendra de l’obscurité

    en éclats de lumière inespérée

    car tes os poussiéreux

    sont pureté de diamant

    l’éternité sous des décombres.

     

    Savannah Savary


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  • Les chiens d'Asnières


    on enterre les chevaux on enterre les hommes
    on enterre l'espoir on enterre la vie
    on enterre l'amour — les amours
    on enterre les amours — l'amour
    on enterre en silence le silence
    on enterre en paix — la paix
    la paix — la paix la plus profonde
    sous une couche de petits graviers multicolores
    de coquilles
    Saint-Jacques et de fleurs multicolores

    il y a une tombe pour tout à condition d'attendre il fait nuit il fait jour à condition d'attendre

    la
    Seine descend vers la mer

    l'île immobile ne descend pas

    la
    Seine remontera vers sa source
    à condition d'attendre

    et l'île naviguera vers le
    Havre de
    Grâce

    à condition d'attendre

    on enterre les chiens on enterre les chats deux espèces qui ne s'aiment pas

     

     

    Raymond Queneau


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  • "L'arbre", Rina Lasnier

    La poète et dramaturge québécoise Rina Lasnier (1910-1997) crée une poésie d’intérieur. Sa voix poétique, expressive et convaincante explore les thèmes de l’aliénation, de la nostalgie, de la frustration ou de la solitude. 

     

     

    J’avais un grand arbre vert

    Où nichait mon enfance ailée,

    Un arbre grand troué de lumière

    Qui remplissait le haut de mon âme.

     

    J’avais de douces branches vertes

    Où chantait mon enfance triste,

    Des branches vertes et sonores

    Qui répétaient les chagrins de mon âme.

     

    J’avais mille feuilles vertes

    Où palpitait l’élan de mon enfance,

    Des feuilles lisses et captives

    Comme les oiseaux de mon âme.

     

    J’avais un grand arbre vert

    Où se dénouait la fleur de mon enfance,

    Pour quel printemps, pour quelle abeille ?

    Pour quelle joie, pour quelle souffrance ?

     

    Rina Lasnier


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  • "Autoportrait", Fadwa Touqan

    Fadwa Touqan (1917 - 2003) est une poétesse palestinienne célèbre dans tout le monde arabe sous le nom de « poétesse de la Palestine ». Elle est l'une des rares voix féminines de la poésie palestinienne.

     

     

     

    AUTOPORTRAIT

     

    Derrière toi s'étend un long chemin

    où tu as semé tes années

    Que la vie où passent entre les rives

    l'amer et le doux t'a rendue philosophe

    Détournant son aimable figure

    elle t'a offert son visage d'ombre

    Tu sais d'expérience tous ses retournements

    sans pénétrer sa substance profonde

    Il est temps de se poser et secouer

    de tes épaules la poussière du voyage

    Qu'il te suffise de n'avoir pas été vaincue

    ni rompue par les flèches du destin.

     

    Fadwa Touqan


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  • Hector de Saint-Denys Garneau

    Hector de Saint-Denys Garneau (1912-1943) est considéré comme le premier poète moderniste québécois. Sa poésie se nourrit de paysages de son pays afin de rattacher le poète aux thèmes universels de l’inconnu et de la mort.

     

    Accompagnement

     

    Je marche à côté d’une joie

    D’une joie qui n’est pas à moi

    D’une joie à moi que je ne puis pas prendre

     

    Je marche à côté de moi en joie 

    J’entends mon pas en joie qui marche à côté de moi

    Mais je ne puis changer de place sur le trottoir

    Je ne puis pas mettre mes pieds dans ces pas-là

    et dire voilà c’est moi 

     

    Je me contente pour le moment de cette compagnie 

    Mais je machine en secret des échanges 

    Par toutes sortes d’opérations, des alchimies, 

    Par des transfusions de sang 

    Des déménagements d’atomes 

    par des jeux d’équilibre 

     

    Afin qu’un jour, transposé,

    Je sois porté par la danse de ces pas de joie

    Avec le bruit décroissant de mon pas à côté de moi

    Avec la perte de mon pas perdu

    s’étiolant à ma gauche

    Sous les pieds d’un étranger

    qui prend une rue transversale.

     

     

    Hector de Saint-Denys Garneau


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  • Née à BAlejandra Pizarnikuenos Aires en 1936, fille d’immigrants juifs d’Europe centrale, Alejandra Pizarnik est une figure éminente et tragique à la fois de la poésie argentine moderne. Influencée par des poètes français comme Rimbaud et Mallarmé, elle séjourne à Paris et se mêle au milieu littéraire au début des années 1960 avant de rentrer en Argentine et de publier ses recueils les plus importants. Elle mettra fin à ses jours en 1972, à l’âge de seulement 36 ans. 

     

    Anneaux de cendre 

     

    Ce sont mes voix qui chantent

    pour qu’ils ne chantent pas, eux,

    les muselés grisement à l’aube

    les vêtus d’un oiseau désolé sous la pluie.

     

    Il y a, dans l’attente,

    une rumeur de lilas qui se brise.

    Et il y a, quand vient le jour,

    un morcellement du soleil en petits soleils noirs.

    Et quand c’est la nuit, toujours,

    une tribu de mots mutilés

    cherche asile dans ma gorge,

    pour qu’ils ne chantent pas, eux,

    les funestes, les maîtres du silence.  

     

    Alejandra Pizarnik


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