• Un verre de rosé !

    Gérard Labrunie, dit Gérard de Nerval (1808 - 1855), est un écrivain et un poète français. Figure majeure du romantisme français, il est essentiellement connu pour ses poèmes et ses nouvelles, notamment son ouvrage Les Filles du feu, recueil de nouvelles, son recueil de sonnets (Les Chimères) publié en 1854 et sa nouvelle poétique Aurélia publiée en 1855.

     

     

     

     

     

    Gaieté

     

    Petit piqueton de Mareuil,
    Plus clairet qu’un vin d’Argenteuil,
    Que ta saveur est souveraine !
    Les Romains ne t’ont pas compris
    Lorsqu’habitant l’ancien Paris
    Ils te préféraient le Surène.

     

    Ta liqueur rose, ô joli vin !
    Semble faite du sang divin
    De quelque nymphe bocagère ;
    Tu perles au bord désiré
    D’un verre à côtes, coloré
    Par les teintes de la fougère.

     

    Tu me guéris pendant l’été
    De la soif qu’un vin plus vanté
    M’avait laissé depuis la veille ;
    Ton goût suret, mais doux aussi,
    Happant mon palais épaissi,
    Me rafraîchit quand je m’éveille.

     

    Eh quoi ! si gai dès le matin,
    Je foule d’un pied incertain
    Le sentier où verdit ton pampre !…
    – Et je n’ai pas de Richelet
    Pour finir ce docte couplet…
    Et trouver une rime en ampre.

     

    Gérard de Nerval


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  • Un poème de Jean Sénac

    Jean Sénac, né en Algérie en 1926 et assassiné à Alger en 1973 (sans que l'affaire ne soit élucidée), est un poète chrétien, socialiste et libertaire algérien. Il a rejoint dès 1955 la cause de l'indépendance algérienne.

     

     

     

     

    QUARTIER BLANC

     

    Si tu viens un jour
    je ferme les yeux
    je laisse les yeux
    je laisse le bleu
    mordre

    Mais tous les printemps
    ne sont pas présents
    dans une seule
    vie

    Toi tu prends le marbre
    l’or les églantiers
    moi je garde dans mes plaies
    le sable

    Un jour si tu rentres
    dans le jardin clos
    tu verras mes os
    fleurir

    Le lilas griffer
    la rose blanchir
    et les orties tordre
    l’été.

      

    Jean Sénac


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  • Née à Ottawa en 1955, Louise Fiset a œuvré à la radio et à la télévision, avant de s’établir au Manitoba pour y exercer diverses activités dans le domaine des médias, du théâtre et de l’animation culturelle. Proche des arts de la scène, sa poésie se mesure à la dureté du monde urbain contemporain sur un ton direct et parfois cru, mais elle manifeste aussi un sentiment d’errance qui cherche à retrouver un enracinement sensuel et charnel dans le paysage des Prairies.

     

    Image virtuelle des hautes herbes

     

    Je m’enfoncerai dans les trous de la plaine

    dans la tourbe où s’encaquent les errances effrayées des bisons

    meuglant la découverte limitrophe de l’immense pays azuré.

    Ma main caressera le sommeil de brume à ras de terre pour que s’incarnent

    dans le brasier des hautes herbes et des marécages fumants

    mes yeux ouverts.

     

    Je m’aspergerai des senteurs de la terre pour m’amener de force même

    à ce qu’il y a d’absolu en moi — je suis de terre et d’histoires.

    Tout ce qu’il y a de surnaturel et d’imaginé existe

    depuis l’instant où je me suis mise à genoux

    pour toucher l’eau et le feu. Je me détache de la brume et de sa moiteur.

     

    Dans la poitrine (l’ouverture béante du ciel) où je plonge le regard

    je cherche la surface ardente

    pour brûler les images du monde et de ses objets.

    Ô miroir au fond de moi !

    l’onde des bras tendus, assoiffés d’amour, se tord et se réfléchit.

    à ta surface en une répétition infinie. La vie est mortellement atteinte.

    Mais dans la vision tapie sous terre

    ce n’est rien de plus qu’une impression du chaos

    en moi.

     

     

    Louise Fiset


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  • Frédéric Jacques Temple

    Frédéric Jacques Temple, (1921 -  2020), est un écrivain et poète français. Très diverse dans sa forte unité, son œuvre comprend des poèmes (recueillis en 1989 dans une Anthologie personnelle), des romans, des récits de voyage et des essais. On lui doit également des traductions de l'anglais (Thomas Hardy, David Herbert Lawrence, Henry Miller, Lawrence Durrell…).

     

    Paysage 

    Il pleut. Des corneilles
    dérivent dans la rouille
    et le béton des gares.
    Je sais que loin là-bas,
    les fleurs des grands marronniers verts
    se dressent dans l’aube claire
    blancs et roses candélabres
    quand bruissent les tourterelles
    en amour dans les micocouliers.
    Il pleut. Je regarde se perdre
    un convoi vers le Sud.

     

    Frédéric Jacques Temple


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  • "Odelette", Henri de RégnierLe discret Henri de Régnier (1864-1936) est un poète et écrivain français, dont l’œuvre reflète l’héritage symbolique. Influencé par Leconte de Lisle, par de Heredia et surtout par Mallarmé, il adopte par la suite un art poétique très personnel. Sa poésie explore les thèmes naturels à travers lesquels le poète dévoile ses confidences et sa mélancolie.

     

    Un petit roseau m’a suffi

    Pour faire frémir l’herbe haute

    Et tout le pré

    Et les doux saules

    Et le ruisseau qui chante aussi ;

    Un petit roseau m’a suffi

    À faire chanter la forêt.

    Ceux qui passent l’ont entendu

    Au fond du soir, en leurs pensées,

    Dans le silence et dans le vent,

    Clair ou perdu,

    Proche ou lointain...

    Ceux qui passent en leurs pensées

    En écoutant, au fond d’eux-mêmes,

    L’entendront encore et l’entendent

    Toujours qui chante.

    Il m’a suffi

    De ce petit roseau cueilli

    À la fontaine où vint l’Amour

    Mirer, un jour,

    Sa face grave

    Et qui pleurait,

    Pour faire pleurer ceux qui passent

    Et trembler l’herbe et frémir l’eau ;

    Et j’ai, du souffle d’un roseau,

    Fait chanter toute la forêt.

     

    Henri de Régnier

     


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  • Un poème de Georges Perros

    Malgré un passage prometteur à la Comédie-Française et un parcours sur scène parmi de grands artistes tels que Gérard Philippe, Maria Casarès, et Jeanne Moreau, l’écrivain français Georges Perros (1923 - 1978), de son vrai nom Georges Poulot, s’ennuie et décide de se consacrer à la littérature. La limpidité de son langage et sa maîtrise du lyrisme forment une poésie singulière où jonglent humour et amplitude, dans un langage sobre, mais touffu. Ses vers explorent souvent la vie quotidienne.

     

    Je suis tout nouveau sur la terre

    Je ne connais pas ta misère

    Tu me regardes je souris

    Le grand amour est à ce prix

     

    Tu me demandes je te donne

    Puis je m’endors dans mon berceau

    Je me moque quand tu raisonnes

    Je suis en l’air tu es en haut.

     

    Rien ne me touche quand tu parles

    C’est ta grimace que je vois

    Que tu dises Marseille ou Arles

    C’est même ville même voix.

     

    J’attends d’être grande personne

    Rien ne presse tout vient à point

    Et quand j’entends l’heure qui sonne

    Elle me dit : va ce n’est rien

     

    Ce n’est qu’un vagabond qui passe

    À travers les chiffons du temps

    Et de sa canne l’âme lasse

    En froisse certains, doucement.

     

    Je suis voyou je suis voyelle

    Je sais vivre dans tous les sens

    Comme reine d’échecs, j’épelle

    Les premiers mots de l’existence

     

    Ils sont propres comme un caillou

    Comme un chou blanc, comme un genou

    Vierge encore de toute chute

    C’est avec l’ange que je lutte.

     

     

    Georges Perros


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  • L’homme de lettres Claude Beausoleil a rendu son dernier souffle vendredi soir, à l’âge de 71 ans. Tout au long de sa vie créatrice, il aura été ambassadeur de la poésie québécoise et artisan d’une œuvre abondante et empreinte de liberté.

     

    La langue est un exil

    aux frontières de l’instant

    qui se charge de sa forme

    secrète délirante et si proche

    aura comme accessoire

    les mêmes mots que le temps

    l’histoire et ses raisons

    en une forte pression de jeu

    donnant l’envie d’avaler

    toute la part du feu

    et j’écris ces textes librement

    comme un chant qui prolonge

    ma vie s’y inventant

    en une manière de dire

    qu’à la passion survit

    un désir irradiant 

     

    Claude Beausoleil


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  • Gabriela Mistrtal

    Gabriela Mistral (1889 - 1957)  est une éducatrice, diplomate, féministe et poétesse chilienne, dont l'œuvre est couronnée par le prix Nobel de littérature en 1945. Elle est considérée comme l'un des quatre grands de la poésie chilienne (avec Pablo Neruda, Pablo de Rokha et Vicente Huidobro).

     

     

     

     

     

    Trois arbres

    Trois arbres tombés sont restés au bord du sentier.
    Oubliés du bûcheron, ils s'entretiennent,   
    fraternellement serrés, comme trois aveugles.

    Le soleil couchant verse
    son sang vif dans les troncs éclatés,
    les vents emportent le parfum de leur flanc ouvert.

    L'un, tout tordu, tend un bras immense,
    frissonnant de feuillage, vers l'autre
    et ses blessures sont pareilles à des yeux pleins de prière.

    Le bûcheron les a oubliés.
    La nuit viendra. Je resterai avec eux.

    Je recueillerai dans mon cœur
    leurs douces résines, elles me tiendront lieu de feu.
    Muets, pressés les uns contre les autres,
    que le jour nous trouve monceau de deuil.

     

    Gabriela Mistral


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