• Christophe Tarkos

    Le poète Christophe Tarkos est mort à quarante-et-un ans en novembre 2004.

    "Sur la tête de Christophe Tarkos, il faut accumuler les adjectifs, sans craindre les contradictions : sauvage, grave, raffiné et loufoque, maniaque, contrôlé et dépressif, délirant, sensé, matérialiste et mystique" c'est ce qu'a écrit de lui Patrick Kéchichian dans Le Monde.

    "Ma maladie est de parler, et le guérissement de ma maladie est de parler" lisait-on dans Anachronisme, son dernier livre paru en 2001, alors que la tumeur, qui devait l'emporter, lui rongeait déjà le cerveau. Ses œuvres sont disponibles chez les éditeurs P.O.L. et Al Dante.


    votre commentaire
  • "Sonnet", Philippe DesportesPhilippe Desportes (1546-1606) est un poète baroque français. Il se distingue des poètes de la Pléiade par sa poésie plus maniérée, plus formelle et moins inspirée que celles de Ronsard et de Du Bellay. Henri III en fait son poète officiel et mondain. Ses sonnets dévoilent grâce, légèreté et douceur et sont imités par les poètes anglais.

     

    À pas lents et tardifs tout seul je me promène,

    Et mesure en rêvant les plus sauvages lieux ;

    Et, pour n’être aperçu, je choisis de mes yeux

    Les endroits non frayés d’aucune trace humaine.

    Je n’ai que ce rempart pour défendre ma peine,

    Et cacher mon désir aux esprits curieux,

    Qui, voyant par dehors mes soupirs furieux,

    Jugent combien dedans ma flamme est inhumaine.

    Il n’y a désormais ni rivière ni bois,

    Plaine, mont ou rocher, qui n’ait su par ma voix,

    La trempe de ma vie à toute autre celée.

    Mais j’ai beau me cacher, je ne puis me sauver

    En désert si sauvage ou si basse vallée

    Qu’amour ne me découvre et me vienne trouver.

     

     

    Philippe Desportes


    votre commentaire
  • "Du temps" de Géo NorgeLe poète Géo Norge, pseudonyme de Georges Mogin, (1898-1990) est un poète belge francophone. Son style poétique est souvent qualifié d’inclassable. Sa poésie se complaît dans de diverses formes: poèmes-récits longs, virelangues, micro-fables, vers réguliers et versets, entre autres. Derrière un langage poétique d’apparence simple, quasi enfantin, sa poésie pose des questions métaphysiques.

     

     

     

    Dans l’eau du temps qui coule à petit bruit,

    Dans l’air du temps qui souffle à petit vent,

    Dans l’eau du temps qui parle à petits mots

    Et sourdement touche l’herbe et le sable ;

    Dans l’eau du temps qui traverse les marbres,

    Usant au front le rêve des statues,

    Dans l’eau du temps qui muse au lourd jardin,

    Le vent du temps qui fuse au lourd feuillage

    Dans l’air du temps qui ruse aux quatre vents,

    Et qui jamais ne pose son envol,

    Dans l’air du temps qui pousse un hurlement

    Puis va baiser les flores de la vague,

    Dans l’eau du temps qui retourne à la mer,

    Dans l’air du temps qui n’a point de maison,

    Dans l’eau, dans l’air, dans la changeante humeur

    Du temps, du temps sans heure et sans visage,

    J’aurai vécu à profonde saveur, 

    Cherchant un peu de terre sous mes pieds, 

    J’aurai vécu à profondes gorgées, 

    Buvant le temps, buvant tout l’air du temps 

    Et tout le vin qui coule dans le temps.

     

    Géo Norge


    votre commentaire
  • Parler toute seule

    Née en 1985 à Chicoutimi( Québec), Laurance Ouellet Tremblay a rapidement imposé sa voix parmi les nombreuses jeunes femmes qui sont apparues sur la scène poétique au Québec depuis le tournant de 2010. Elle écrit une poésie au ton abrupt, parfois ironique, qui exprime un moi résistant, partagé entre la passion d’être et le mal de vivre.

     

    m : salut

    l : salut

    m : c’est ta bête

    l : je sais

     

    m : ça va?

    l : ça va

    l : toi?

    m : ça va

     

    m : ça fait longtemps

    l : je sais pas, j’ai arrêté de compter

    m : ça fait 744 jours

    l : peut-être

     

    m : tu t’ennuies?

    l : non, pas vraiment

     

    m : t’es où?

    l : Chicoutimi, comme d’habitude

    l : toi?

    m : Istanbul, mais je pars demain

    l : tu vas où?

    m : je sais pas

     

    l : c’est beau là-bas?

    m : oui, c’est fou, t’aimerais ça

    l : je pense pas

     

    m : tu fais quoi ces temps-ci?

    l : pas grand chose, j’vais à l’école

    m : c’est tout?

    l : oui

    m : c’est comment sans moi?

    l : terrible

     

    m : tu m’en veux?

    l : oui

    m : tu vas me pardonner?

    l :...

     

    m : tu vois Andrée-Anne?

    l : ben oui, chaque jour

    m : et puis?

    l : rien

    m : elle t’aide pas?

    l : non

    m : désolée

    l : t’en fais pas, je survis

     

    m : les parents vont bien?

    l : sais pas, on parle pas beaucoup

    m : ils se sont aperçus de quelque chose?

    l : absolument pas

    m : rien du tout?

    l : rien

     

    m : tu fais quoi après l’école?

    l : piano

    m : ça avance?

    l : semi

     

    m : qu’est-ce que tu joues?

    l : rien, je fais des gammes en triolet

    m : pas de morceaux?

    l : non, juste des gammes

    m : d’accord

     

    Laurance Ouellet Tremblay


    votre commentaire
  • France Mongeau

    France Mongeau (1961 - ) a publié une douzaine de livres de poésie dont le plus récent, Les heures réversibles, a paru aux Éditions du Noroît. La chambre verte, édité en français et en espagnol aux Écrits des Forges et chez Mantis Editores (Mexique) a été finaliste au prix Alain-Grandbois

    .

    dans l’immobilité de l’après-midi

    bêtes et hommes endormis aux fougères

    le grésillement de l’air emprisonne

          nos paroles

    cette langue nouvelle s’agrippe aux parois

           du puits

     

    le corbeau rapace lisse ses plumes

    paré à une autre tempête

     

    rien n’habite plus les songes

    ni désir ni certitude rien

    ta voix disparaît dans le dédale des eaux

     

    France Mongeau


    votre commentaire
  • "Vie et mort d’Ève" Georges Ribemon-DessaignesGeorges Ribemont-Dessaignes (1884-1974), écrivain, poète, dramaturge et peintre français, est, avec Marcel Duchamp et Francis Picabia, l'un des précurseurs à Paris de l'esprit « Dada ». Proche ensuite des surréalistes, il rompt en 1929 avec André Breton. 

     

    De gauche à droite, rangée arrière: Louis Aragon, Theodore Fraenkel, Paul Eluard, Clément Pansaers, (Emmanuel Fay a été coupé). Deuxième rang: Paul Dermée, Philippe Soupault, Georges Ribemont-Dessaignes. Au premier rang: Tristan Tzara (avec monocle), Céline Arnauld, Francis Picabia, André Breton.

     

    L’arbre du jardin

    A mûri ses pommes

    Et dans chaque pomme

    Ont mûri les grains,

    Et dans chaque grain

    Il y a un arbre,

    Dans l’arbre la terre,

    Dans son poids de terre

    Masse de soleil

    Et le firmament

    Avec ses étoiles

    Et la grande Voie

    Des immenses mondes

    De poussière immense

    Et dans chaque monde

    Est son poids de vide,

    Ô pomme magique,

    Et ton pesant d’or,

    Ton pesant de vide,

    Petit grain de vide

    Ô petit grain d’or,

    Germe du désir

    Au souhait d’un cœur,

    Tel est le présent

    Par un ange offert,

    Par un prince blanc,

    Par un prince noir,

    Ô caresse, haleine,

    La graine du vide

    Et des apparences

    Et baise, ô cœur chaud,

    Le bien et le mal

    Pesés dans l’amour.

     

    Ève dit :

     

    Toujours il y eut ce jardin.

    On le traça perdu,

    On le planta perdu,

    On le nomma perdu.

     

    Mais le jardin de l’innocence et ce souvenir qu’on a...

    Est-ce ce désert où n’entrèrent que des pierres ?

    Tous. les jardins sont perdus,

    Et le ciel n’est ciel que de la terre —

     

    Elle était vieille déjà, elle dit encore : Je rêvais —

    Et elle mourut.

     

     

    Georges Ribemont-Dessaignes. 


    votre commentaire
  • "Ah mon rire..." Janine TavernierNée en Haïti, l’écrivaine et poète Janine Tavernier Louis s’exile en 1967 au début du régime duvaliériste. Ses études aux États-Unis la ramènent d’une part à la langue française, mais aussi à sa culture et littérature francophones. Après une carrière en enseignement, elle retourne en Haïti. Sa poésie est acerbe, révoltée.

     

    Ah mon rire

    mon rire gigantesque

    mon rire silencieux

    mon rire emprisonné derrière mes lèvres

    ah ah mon rire

    emmuré dans son linceul de glace

    je t’entends rugir en moi comme un fauve

    je te sens qui ballottes en moi

    sur le remous tourmenté de ma colère

    ah ah ah mon rire

    je t’écoute et j’ai peur

    mon rire qui n’es pas à moi

    mon rire étranger à ma vie

    mon rire que les forces de l’inconscient

    projettent sur l’écran fragile de ma sensibilité

    je te crains plus que mourir

    je te crains plus que vivre

    ah ah ah ah mon rire

    quand tu briseras tes liens

    et que hors de moi tu t’enfuyeras

    dans l’explosion de tes accords déchaînés

    que vas-tu prendre à ma vie t’en iras-tu seul

    vers les sphères abolies d’où l’on ne revient pas 

     

    Janine Tavernier


    votre commentaire
  • Il pleut sur la mer et ça sert à rien
    Qu'à noyer debout le gardien du phare
    Le phare, y a beau temps qu'il a plus d'gardien
    Tout est électrique, il peut bien pleuvoir
    Aujourd'hui dimanche
    Sur la Manche

    Il pleut sur la mer, c'est bien inutile
    Ca mouille la pluie, c'est du temps perdu
    Les mouettes s'ennuient, blotties sous les tuiles
    Il tombe des cordes et l'eau s'est pendue
    Aux plus hautes branches
    De la Manche

    Il pleut sur la mer et ça sert à rien
    A rien et à rien, mais quoi sert à quoi?
    Les cieux, c'est leur droit d'avoir du chagrin
    Des nuages indiens vident leur carquois
    C'est l'été comanche
    Sur la Manche

    Il pleut sur la mer, l'eau, quelle imbécile!
    A croire que la mer se pisse dessus
    Saborde ses ports, ses cargos, ses îles
    T'as l'air d'un moineau sous mon pardessus
    D'une corneille blanche
    Sur la Manche

    Il pleut sur la mer et ça nous ressemble
    De l'eau dans de l'eau, c'est nous tout crachés
    Et nos yeux fondus au coeur de septembre
    Regardent rouler des larmes gâchées
    Curieuse avalanche
    Sur la Manche


    Il pleut sur la mer, c'est con comme la pluie
    Peut-être c'est nous qui sommes à l'envers
    L'amour a des nœuds plein sa mise en pluie
    ça nous fait marrer, il pleut sur la mer
    Aujourd'hui dimanche
    Sur la Manche


    votre commentaire

  • votre commentaire
  • Un autre poème de Jean-Pierre Siméon

     

    Jean-Pierre Siméon est né en 1950. Il a écrit des œuvres de poésie et de théâtre. Il a été longtemps le directeur artistique du Printemps des Poètes. Agrégé de lettres modernes, il a enseigné à l’IUFM de Clermont-Ferrand. Il a parallèlement composé une œuvre variée : quatorze recueils de poèmes, mais également sept romans, onze livres pour la jeunesse et seize pièces de théâtre.

     

     

    Poème triste mais gai 

    à mon père

     

    Ce fut comme si soudain

    il avait mis son cœur

    à l’envers

     

    comme si

    dans le verger de ses bras

    le fruit de son cœur

    soudain était tombé

     

    J’ai vu la nuit prendre son épaule 

    Comme la vitre était noire!

     

    Et puis

    dans ma main

    il a posé son souffle

    comme un oiseau têtu

     

    c’est cet oiseau aujourd’hui

    qui chante dans ma main 

     

    Jean-Pierre Siméon


    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique