• Très belle chanson de Maxime le Forestier :
    Sourire aux larmes,
    Trouver du charme
    Au fond du soir pourri qui mène à la mort.
    Viens ma dormeuse
    Dans la berceuse
    Que je te chanterai et que je cherche encore.
    Je veux quitter ce monde en regrettant un peu.
    Je veux quitter ce monde, heureux.
    Pas de suicide,
    Pas de morbide,
    Pas l'ombre d'un regret ou d'un désespoir,
    Pas l'ombre d'une
    Tache à la lune,
    D'un mauvais souvenir ou d'un plaisir au noir.
    Je veux quitter ce monde en regrettant un peu.
    Je veux quitter ce monde, heureux.
    Quand la peinture
    Sera nature,
    Quand on verra fleurir aux murs en chaleur
    Tous les délires
    Des sans-écrire,
    Des affamés de l'âme, des fous de la couleur.
    Je veux quitter ce monde en regrettant un peu.
    Je veux quitter ce monde, heureux.
    Quand, dans ses tripes,
    Un pauvre type
    Aura enfin trouvé, taillé dans du bois
    La chanson belle,
    Universelle
    Qui l'aura fait content, mais qui sera de moi.
    Je veux quitter ce monde en regrettant un peu.
    Je veux quitter ce monde, heureux.
    Quand ne claironne-
    Ra plus personne,
    Au nom du bien, du mal, du roi ou de Dieu,
    Qu'on pourra faire
    Un tour de terre
    Sans pleurer, sans vomir, sans se fermer les yeux.
    Je veux quitter ce monde en regrettant un peu.
    Je veux quitter ce monde, heureux.
    Que je te touche,
    Que je te couche
    Et retrouver l'amour qu'on fait à quinze ans,
    Alors ma tendre
    Tu vas entendre
    Pour la première fois, on peut faire un enfant.
    Et puis quitter ce monde en regrettant un peu.
    Et puis quitter ce monde, heureux.

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  • "Offrande" de Guy Goffette

    Guy Goffette est un poète et écrivain belge né en 1947. Il vit et travaille à Paris. Poète avant tout, même lorsqu'il écrit en prose, Guy Goffette est tour à tour enseignant, libraire, éditeur. Il séjourne dans nombre de pays d'Europe avant de poser ses valises à Paris. Il est membre du comité de lecture des éditions Gallimard en 2012, maison où sont édités la plupart de ses ouvrages.

     

    Parler d’août
    brûle ma langue

    J’élève dans le soleil
    un enfant de ma fièvre
    au goût de sel
    quelques mots que la mer
    en partant m’a laissés
    qui me parlent d’oiseaux
    qui avivent mon feu

    Je suis une calanque
    au milieu du désert 

     

    Guy Goffette


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  • "Sous le ciel de Paris" paroles de Jean Dréjac, musique de Hubert Giraud, interprétée (entre autres) par Juliette Gréco, Edith Piaf, Yves Montand...

    On la retrouve ici magnifiquement jouée par un jeune groupe de musiciens américains (la chanteuse a vécu quelques années en France). Ce n'est pas fréquent que des groupes américains reprennent des chansons françaises. Je trouve que ce groupe "Pomplamoose" sait faire partager sa joie et son plaisir de jouer. 


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  • "Je t'écris" Gaston Miron

    Le poète et écrivain québécois Gaston Miron (1928 - 1996) lie engagement politique et création poétique. Son engagement envers un Québec souverain le place au centre du mouvement nationaliste. Cet éditeur et cofondateur des Éditions de l’Hexagone favorise l’épanouissement de toute une nouvelle génération de poètes. L’aliénation, le fardeau du peuple québécois, et les injustices de l’histoire sont les thèmes explorés par Miron ; la justice sociale et l’espoir aussi. 

     

    Je t’écris pour te dire que je t’aime

    que mon cœur qui voyage tous les jours

    — le cœur parti dans la dernière neige

    le cœur parti dans les yeux qui passent

    le cœur parti dans les ciels d’hypnose —

    revient le soir comme une bête atteinte

     

    Qu’es-tu devenue toi comme hier

    moi j’ai noir éclaté dans la tête

    j’ai froid dans la main

    j’ai l’ennui comme un disque rengaine

    j’ai peur d’aller seul de disparaître demain

    sans ta vague à mon corps

    sans ta voix de mousse humide

    c’est ma vie que j’ai mal et ton absence

     

    Le temps saigne

    quand donc aurai-je de tes nouvelles

    je t’écris pour te dire que je t’aime

    que tout finira dans tes bras amarré

    que je t’attends dans la saison de nous deux

    qu’un jour mon cœur s’est perdu dans sa peine

    que sans toi il ne reviendra plus

     

     

    Gaston Miron


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  • "Je vis, je meurs" Louise Labé

    Louise Charlin Perrin Labé (1525-1566), poète française revendique à travers sa poésie l’indépendance de pensée pour la femme ainsi que son droit à l’éducation. Poète considérée féministe, elle clame la liberté de parole amoureuse dans ses poèmes. Ses poèmes démontrent une grande rigueur formelle et émeuvent par leur ardeur et la sincérité des sentiments.

     

    Je vis, je meurs, je me brûle et me noie,

    J’ai chaud extrême en endurant froidure,

    La vie m’est trop molle et trop dure.

    J’ai grands ennuis entremêlés de joie.

     

    Tout à un coup je ris et je larmoie,

    Et en plaisir maint lourd tourment j’endure ;

    Mon bien s’en va et à jamais il dure ;

    Tout en un coup je sèche et je verdoie.

     

    Ainsi Amour inconstamment me mène

    Et, quand je pense avoir plus de douleur,

    Sans y penser je me trouve hors de peine.

     

    Puis, quand je crois ma joie être certaine

    Et être au haut de mon désiré heur,

    Il me remet en mon premier malheur.

     

    Louise Labé


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  • "Carte d'identité" Mahmoud Darwich

    Mahmoud Darwich est un auteur et poète palestinien né en 1941. Souvent désigné comme le poète national de Palestine, Darwich affichait ouvertement son opposition à l’État d’Israël. Vers les années 1970, Darwich développe le style unique de vers libre auquel on l’associe depuis. Son écriture explore les thèmes de l’exil, de la dépossession, de la naissance et de la résurrection. Il écrit plus de quarante livres et assure la direction de nombreuses revues littéraires. Mahmoud Darwich reçoit de nombreux prix au cours de sa vie. À son décès en 2008, la Palestine observe trois jours de deuil.

      

    Inscris

    je suis arabe

    le numéro de ma carte est cinquante mille

    j’ai huit enfants

    et le neuvième viendra… après l’été

    Te mettras-tu en colère?

     

    Inscris

    je suis arabe

    je travaille avec mes camarades de peine

    dans une carrière

    j’ai huit enfants

    pour eux j’arrache du roc

    la galette de pain

    les habits et les cahiers

    et je ne viens pas mendier à ta porte

    je ne me rabaisse pas

    devant les dalles de ton seuil

    Te mettras-tu en colère?

     

    Inscris

    je suis arabe

    Mon nom est commun

    je suis patient dans un pays

    bouillonnant de colère

    Mes racines

    fixées avant la naissance du temps

    avant l’éclosion des siècles

    avant les cyprès et les oliviers

    avant la croissance végétale

    Mon père…

    de la famille de l’araire

    et non des seigneurs de Nojoub

    Mon grand-père, un paysan

    sans arbre généalogique

    il m’a appris les mouvements du soleil

    avant la lecture

    Ma maison

    une hutte de gardien

    faite de roseaux et branchages

    Es-tu satisfait de ma condition?

    Mon nom est commun.

     

    Inscris

    je suis arabe

    cheveux… noirs

    yeux… marron

    signes distinctifs

    sur la tête une keffiah tenue par une cordelette

    ma paume, rugueuse comme le roc

    écorche la main qu’elle empoigne

    mon adresse :

    je suis d’un village perdu, sans défense

    et tous ses hommes sont au champ ou à la carrière

    Te mettras-tu en colère?

     

    Inscris

    je suis arabe

    Tu m’as spolié des vignes de mes ancêtres

    et de la terre que je cultivais

    avec tous mes enfants

    et tu ne nous a laissé

    ainsi qu’à notre descendance

    que ces cailloux

    votre gouvernement les prendra-t-il aussi

    comme on le dit?

     

    Alors

    inscris

    en tête de première page

    Moi je ne hais pas mes semblables

    et je n’agresse personne

    Mais… si jamais on m’affame

    je mange la chair de mon spoliateur

    Prends garde… prends garde

    à ma faim

    et à ma colère!

     

     

    Mahmoud Darwich


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  • "Chanson de Barberine" Alfred de Musset

     

    Surnommé l’enfant terrible du romantisme, Alfred de Musset (1810-1847) est un poète et dramaturge français. Son goût pour l’art classique, son refus d’adhérer à une poésie sociale et ses vers parfois ironiques et railleurs le placent en marge du mouvement romantique. Sa double nature — esprit fougueux et fantaisie légère — crée une poésie de sincérité totale, jaillissant du cœur du poète au moment d’émotions intimes.

     

     

    Beau chevalier qui partez pour la guerre,

                   Qu’allez-vous faire

                   Si loin d’ici?

    Voyez-vous pas que la nuit est profonde,

                   Et que le monde

                   N’est que souci?

     

    Vous qui croyez qu’une amour délaissée

                   De la pensée

                   S’enfuit ainsi,

    Hélas! hélas! chercheurs de renommée,

                   Votre fumée

                   S’envole aussi.

     

    Beau chevalier qui partez pour la guerre,

                   Qu’allez vous faire

                   Si loin de nous?

    J’en vais pleurer, moi qui me laissais dire

                   Que mon sourire

                   Était si doux.

     

     

    Alfred de Musset


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  • Un poème de Françoise Hàn

     

    Poétesse française et critique littéraire, Françoise Hàn est décédée le 1er juillet 2020. Elle avait 92 ans. Françoise Hàn laisse derrière elle un héritage important. Son premier recueil Cité des hommes, parait en 1956 aux Éditions Seghers. Parmi ses œuvres les plus récentes, indiquons Le double remonté du puits (Éditions Jacques Brémond, 2011), Langage, liberté (La Porte, 2009) et Scarabée en attente publié aux éditions La Porte, 2014.

     

     

     

    Trois flocons de neige
    trois gouttes de temps
    enfermés dans une pierre

     

    le souvenir est une géode
    à ne pas fracasser

     

    que le poète soit ce caillou
    au cœur duquel cristallise
    un peu de lumière adolescente.

     

    Françoise Hàn


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  • Juliette Darle (1921- 2013), poète, a participé aux cercles littéraires parisiens, au lancement de la poésie murale et côtoyé des grands artistes du XX ème siècle dont Aragon, Picasso, Eluard et Giacometti.

     

     

     

     

     

     

    Les montagnes bleues

    Terre dont l’image tremble
    A jamais entre les cils

    J’ai vu le ciel au galop
    Sous la rivière intrépide

    J’ai vu l’horizon courir
    Si loin que l’azur déborde

    L’heure qui passe élargit
    L’ombre des oiseaux rapaces

    Une autre face du monde
    Réfléchit le crépuscule

    Pays d’eaux rapides Roches
    Dont les reflets perdent souffle
    Vent fou d’oiseaux de nuages

    Tutélaire la montagne
    Apprivoise toute errance

    Son grand bestiaire de pierre
    Veille les premiers ancêtres
    Et la dernière pauvresse

    Les chevreuils passaient un fleuve
    Qui t’éclabousse les yeux 

     

    Juliette Darle


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  • "J'aurais aimé être une reine"

    Kouam Tawa est né en 1974 à l’Ouest du Cameroun. Il réside dans sa ville natale et se consacre à la littérature, au théâtre et à l’animation des ateliers d’écriture. Il a écrit une quinzaine de pièces dont la plupart ont été mises en lecture, en espace ou en scène en Afrique, en France, au Canada ou au Japon.

     

    J’aurais aimé être une reine. Avoir une grande cour. Des hommes et des femmes autour de moi. Les uns pour me servir, les autres à ma charge.
    J’aurais aimé être une reine. Avoir une voix qui compte. Dire « je veux » et avoir. Dire « je peux » et pouvoir. Dire « c’est ça » et c’est ça.
    J’aurais aimé être une reine. Être de mon temps. Adhérer au monde. Tenir tête à la nuit. Faire corps avec l’espoir.
    J’aurais aimé être une reine. Triompher de moi-même. Être la chance des autres.

    J’aurais aimé être une reine. Avoir un nom qui dure, une danse qui me porte.
    Je me serais au moins permis le rêve si la mort qui n’a pitié de personne n’avait fait de moi la petite dernière qui se cherche sans savoir s’il lui faut monter ou descendre.

     

    Kouam Tawa


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