• Hommage à Philippe Jaccottet

    Philippe Jaccottet, né Moudon en Suisse est un écrivain, poète, critique littéraire et traducteur suisse vaudois, lauréat de nombreux prix dont le Goncourt de la poésie. Il est mort ce 24 février 2021 à l'âge de 95 ans. C’est l'un des poètes contemporains les plus lus et traduits au monde.

     

     

     

     

    La nuit est une grande cité endormie
    où le vent souffle… Il est venu de loin jusqu'à
    l'asile de ce lit. C'est la minuit de juin.
    Tu dors, on m'a mené sur ces bords infinis,
    le vent secoue le noisetier. Vient cet appel
    qui se rapproche et se retire, on jurerait
    une lueur fuyant à travers bois, ou bien
    les ombres qui tournoient, dit-on, dans les enfers.
    (Cet appel dans la nuit d'été, combien de choses
    j'en pourrais dire, et de tes yeux…) Mais ce n'est que
    l'oiseau nommé l’effraie qui nous appelle au fond
    de ces bois de banlieue. Et déjà notre odeur
    est celle de la pourriture au petit jour,
    déjà sous notre peau si chaude perce l’os,
    tandis que sombrent les étoiles au coin des rues.


    Philippe Jaccottet

     

     

    Quelques citations de Jaccottet : 

    "La certitude est la chose au monde qui m’est la plus étrangère"

    « Je n'ai fait que passer, accueillir. J'ai vu ces choses, qui, elles-mêmes, plus vite ou au contraire plus lentement qu'une vie d'homme, passent. »

    "Ne pas donner toute sa place au malheur"


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  • Alina Reyes

    Alina Reyes, née en 1956 est une écrivaine française. Renommée pour écrire avec “ses tripes”, l’écriture d’Alina Reyes est sauvage. Même si le succès de son premier livre (le boucher) lui colle une étiquette, l’écrivain signe pourtant d’autres ouvrages, plus profonds.

     

     

     

    Politique de l’amour 

    L’amour est blanc parce qu’il est la somme de toutes les couleurs, parce qu’il est la gomme qui m’efface, m’épelle et fait valser l’alphabet de mon identité, parce qu’il est le trou au travers de mon corps, le cerceau par où le jour entre et sort, bondit et se propage en rugissant dans ma chair nue. 

    Alina Reyes


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  • David Dumortier

    Né en 1967 dans Les Charentes, David Dumortier vit à Paris. A vécu un an à Damas (Syrie). Il a publié dans plusieurs revues, notamment Décharge, Digraphe, Rétro-viseur…ainsi que trois recueils aux éditions Cheyne et un ensemble récit/poèmes aux éditions Paris-Mediterranée. Il intervient régulièrement en milieu scolaire.

     

     

     

    LES COMPTINES DE NINA NANERE

    Papa a la barbe qui pique
    Comme en Afrique les porcs-épics
    Moi
    Je veux une barbe à papa
    Rose et lisse qui ne pique pas

    Un coq pleure
    Il pleure un coq
    D’un si gros pleur
    Que ses trois sœurs
    De lui se moquent
    Toc ! toc ! toc
    De ses yeux tombent
    Des œufs
    A la coque

    Les parents de Nina
    Voulaient l’appeler Hirondelle
    Le préfet a dit non
    Sinon les autres riront d’elle

    Nina n’a ni la tête en l’air
    Ni les pieds sur terre
    Ni le nez contre les vitrines
    Ni un nénuphar aux narines
    Elle est ni ça ni ça
    Elle est Nina
    Et na ! 

    David Dumortier


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  • Printemps des poètes

    Le désir, je connais. Désir de soleil, d’avenir, d’homme, de fraises en hiver. Le désir de lire et celui d’aller à Venise. Mais je bute sur le désir de poésie. Sans doute parce que je ne sais pas dire ce qu’est la poésie.

     

    Annie Ernaux


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  • Saint-John Perse

    Alexis Leger, dit Saint-John Perse (1887, Pointe-à-Pitre-1975, Hyères), est un poète, écrivain et diplomate français, lauréat du prix Nobel de littérature en 1960. En marge des mouvements littéraires de son époque, sa poésie, en versets, est réputée pour son hermétisme, mais aussi pour sa force d’évocation.

     

     

     

    C'était de très grands vents sur toutes faces de ce monde,
    De très grands vents en liesse par le monde, qui n'avaient ni d'aire ni de gîte,
    Qui n'avaient garde ni mesure, et nous laissaient, hommes de paille,
    En l'an de paille sur leur erre... Ah ! oui, des très grands vents sur toutes faces de vivants !

    Saint-John Perse


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  • Clod'aria

    Clod'aria est le nom de plume de Suzanne Humbert-Droz, née en 1916 à Paris et morte en 2015 à Fontenay-le-Comte. Elle a vécu sa vie à L'Orbrie, en Vendée. Elle a été institutrice et a publié une trentaine de recueils de poésie ainsi que plusieurs récits en prose. Son style, d'une grande concision, est particulièrement efficace dans ses ouvrages poétiques où elle propose un regard lucide et ironique sur la vie et sur les humains.

     

     

    Les chats perdus


    J’ai soigné les chats des autres
    les galeux les croûteux
    les sans maître ceux qui griffent
    ceux qui chient mou
    ceux qu’on pu d’poil
    sur le caillou
    ceux qu’on menace
    et qu’on poursuit
    à coup de balai
    ou de fusil
    ceux qui se roulent
    ceux qui vous lèchent
    ceux qui ne disent jamais rien
    et ceux qu’ont peur de votre main
    Les minettes qui vous ramènent
    cinq rejetons cachés dans le foin
    les vieux matous
    qui se souviennent
    quand ils sont borgnes et boiteux…

    J’les ai soignés
    malgré les miens
    les bien nantis
    les bien soyeux
    qui suffoquaient de jalousie
    en fermant à demi les yeux

     

    Clod'aria


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  • Jacques Chessex

    Jacques Chessex (1934 - 2009) est poète et peintre suisse. Seul écrivain suisse à recevoir à la fois le Prix Goncourt et le Prix Goncourt de la poésie, il est un artiste souvent controversé dans son pays natal. Chessex aborde la description de la Suisse d’un œil critique et sans pitié.

     

    Tu dors tête claire 

     

    Le vent parle dans la toison brouillée

    D’un arbre au front d’argent qui brille,

    Un tilleul jeune au seuil de l’ombre

    Comme une fille bouclée.

     

    La vie a le goût de pomme et de miel.

    Ô rivière multipliée

    Dans la clarté d’une bouche aimée

    Mieux que l’aurore et le ciel.

     

    Tu dors tête claire,

    Ton rêve est la fraîche rivière entre les feuilles,

    Ô miroir matinal, buée verte,

    Tu viens sous le lierre et le vent

    Comme une maison douce pour vivre ...

     

    Sans chemin, sans retour la porte s’ouvre,

    C’est un mur clair qui se donne,

    Une eau s’endort avec le miel de la lumière,

    Les chambres sont des forêts ensoleillées

    Et les vitres des brumes blanches.

     

    Le matin penche comme une fougère,

    J’écoute au loin les cascades tomber.

    Ton souvenir est une voix légère,

    L’air se partage avec l’éternité.

     

    Je suis un cerf debout sous les feuillages,

    Ta bouche a fraîchi douce entre mes lèvres,

    L’appel du vent caresse ton visage,

    Tu trembles comme une branche dans son rêve.

     

    Ô sommeil, toile immobile dans ma tête !

    Je marche près des haies blanches, je salue l’ombre,

    L’ange léger s’envole avec le vent,

    Les rochers brillent dans l’air comme des voiles.

     […] 

     

    Jacques Chessex


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  • Isabelle Dumais

    Isabelle Dumais est écrivaine et artiste en arts visuels. Elle s’intéresse particulièrement à la peinture abstraite, à la poésie, à l’essai littéraire et à la philosophie. Elle aime les expressions dépouillées, mais chargées d’affect. Elle vit au Québec.

     

    Il y a des agencements anatomiques

    qui prédisposent à la lenteur

    une aptitude à l’asthénie inscrite partout.

    Je suis née essoufflée.

    Rubis de défaillances

    ornement de faiblesses

    je suis offerte à la fatigue.

     

    Roue de fortune maladie commune tentative

    de mise en déroute aux injonctions opaques :

    des pneumonies en grappes de pics

    deux sacs percés qui se déplient sur des clous.

    Je retiens mon souffle

    jusqu’au prochain.

     

    Une enfance profusément myope

    en acompte de fatigue

    pour tout ce qu’il y aura à voir

    à présent cataractes rideaux

    voiles de glacis non pas sur mes tableaux

    mais dans mes yeux directement.

    Ce que j’ai vu j’efface.

    J’éteins.

     

    Isabelle Dumais


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  • On avait dit...

     (pixelia de Pixabay)

     

     

     

     

     

     

    Rendez-vous dans dix ans, le jour de la chandeleur

    Même jour, même date, même heure

    Élisabeth, Gino, Jacques, et les autres

    Aïe aie aie quel malheur…mes seigneurs !

     

    Vous non plus vous n’aurez  «  pas changé »

    propres sur vous et toujours bien coiffés

    vous ferez sauter les crêpes Suzette

    pour les « vieux potes »  édentés…

     

    Lise et les Michelle sucreront les fraises,

    Roselyne et Claudine s’amuseront comme des gamines

    Édith la maîtresse ne sera pas en reste

    oubliant sur le champ les principes de sagesse.

     

    Bernadette, toujours très chouette

    nous fera «  patoiser »  comme par le passé

    Monique et Marie-Gab chanteront en duo

    «  Amis levons nos verres et merci Alisé » 

     

    Pour quelques heures, quelques heures seulement…

    Soyons fous, fous, fous et beaux à la fois…

    Oublions les emmerdes, le couvre feu et les lois.

    Croyez moi, la vie c’est fait pour ça….tout recommencera…

     

    Ah tu verras, tu verras…

      

    Michèle L. (14/O2/2021)


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  • Bertold Brecht

    Bertolt Brecht (1898 - 1956) est un dramaturge, metteur en scène, écrivain et poète allemand. Il acquiert une renommée internationale avec L'Opéra de quat'sous créé en 1928. Vivant en exil en Scandinavie, puis aux Etats-Unis pendant la périod  nazie, il est inquiété au moment du maccarthysme. Il s'installe en 1949 à Berlin-Est, en République démocratique allemande. Son nom est lié au théâtre épique.

     

     

    Nos défaites ne prouvent rien

    Quand ceux qui luttent contre l’injustice
    Montrent leurs visages meurtris
    Grande est l’impatience de ceux
    Qui vivent en sécurité.

     

    De quoi vous plaignez-vous ? demandent-ils
    Vous avez lutté contre l’injustice !
    C’est elle qui a eu le dessus,
    Alors taisez-vous

     

    Qui lutte doit savoir perdre !
    Qui cherche querelle s’expose au danger !
    Qui professe la violence
    N’a pas le droit d’accuser la violence !

     

    Ah ! Mes amis
    Vous qui êtes à l’abri
    Pourquoi cette hostilité ? Sommes-nous
    Vos ennemis, nous qui sommes les ennemis de l’injustice ?

     

    Quand ceux qui luttent contre l’injustice sont vaincus
    L’injustice passera-t-elle pour justice ?
    Nos défaites, voyez-vous,
    Ne prouvent rien, sinon
    Que nous sommes trop peu nombreux
    À lutter contre l’infamie,
    Et nous attendons de ceux qui regardent
    Qu’ils éprouvent au moins quelque honte.

     

    Bertold Brecht


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