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    Le Père Joël

    Ne porte pas de barbe blanche

    Ni de capuche rouge

    Ni de houppelande

    Le Père Joël

    Ne vient pas qu'à Noël

    Il vient nous voir souvent

    Presque tous les soirs

    Le Père Joël

    N'apporte jamais rien

    Il est pauvre

    Il n'a pas de quoi

    Mais il a un si joli sourire

    Et nous conte des histoires

    Aussi belles que celle du Père Noël

    Le Père Joël.

     

    François David


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  • Les mots ont parfois le pouvoir des trolls et ils sont capables d'abattre les dieux, ils peuvent sauver des vies et les anéantir. Les mots sont des flèches, des balles de fusil, des oiseaux légendaires lancés à la poursuite des héros, les mots sont des poissons immémoriaux qui découvrent un secret terrifiant au fond de l'abîme, ils sont un filet assez ample pour attraper le monde et embrasser les cieux, mais parfois, ils ne sont rien, des guenilles usées, transpercées par le froid, des forteresses caduques que la mort et le malheur piétinent sans effort.

    Les mots sont cependant tout ce que le gamin possède. À part les lettres de sa mère, un pantalon de grosse toile, ses vêtements de laine, trois livres peu épais ou plutôt des fascicules qu'il a emportés avec lui en quittant le baraquement, des bottes de mer et de mauvaises chaussures. Les mots sont ses compagnons les plus dévoués et ses amis les plus fidèles, ils se révèlent pourtant inutiles au moment où il en aurait le plus besoin…

     

    Extrait de "Entre ciel et terre" de Jon Kalman Stefansson


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  • C'est un lundi de mars. Le second jour du printemps. Une grisaille tempérée inocule au matin sa lumière particulière. Autrement dit, il pleut sur les jonquilles. Je me suis levé tôt dans notre chaos velouté, avec déjà la volonté de ne rien faire de plus. Disons d'en faire le moins possible. Rester à l'écart de la marche du monde. Laisser la télé éteinte. Faire tourner le même disque, Smoking, drinking / never thinking / of tomorrow. Ne pas aller voir plus loin que le bout de son nez. En rester là. Au bout de son nez. Aujourd'hui la parenthèse est possible. Dehors les gouttes font comme une deuxième salve de bourgeons aux branches nues des arbres. La terre brille. Quelque chose dit : D'accord, réessayons. Quelque chose dit : Tu n'as pas besoin de te souvenir. Pas aujourd'hui. Tu n'es pas obligé de repenser à ton enfance. Aux poils longs du tapis rouge du salon. Tu n'as pas à mesurer ce que tu as perdu. A te demander ce qui a cloché ni quand ça a cloché. À repenser aux absents. Le monde d'où tu viens n'a pas disparu. Regarde, tu te souviens encore des mains de ta grand-mère. De la terre labourée. Des chansons dans la voiture. De Winnie l'ourson. Regarde, tu as encore des rêves. Même tordu, tu as grandi dans leur ombre. Ils sont encore entiers. Debout. Tu récites des poèmes. Tu n'as pas fait de mal. Du moins pas tant que ça. Jean Rochefort n'est pas encore mort. Ne regarde pas devant. Ne regarde pas derrière. Reste là.

    Thomas Vinau (écrit bien avant la mort de Jean Rochefort!)


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    Pourquoi est-ce que j'écris ? Parce que j'écris ! Autant demander à un escargot pourquoi il fait de la bave. C'est dans sa nature de laisser un sillage argenté derrière lui,   voilà tout.

    Pourquoi écrire ?

     

     

     

     

    Frédéric Dard

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    J'écris pour être seul. J'écris pour dissiper la présence des choses réelles, pour écarter les événements, pour franchir l'épaisseur, pour déjouer l'invivable. En somme, oui, c'est bien ça, j'écris pour qu'on me foute la paix.

    Pourquoi écrire ?

    Philippe Djian

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    J’écris pour pouvoir lire ce que je ne sais pas que j’allais écrire.

    Pourquoi écrire ?

    Claude Roy

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  • "Écrire pour obéir au besoin que j’en ai.

    Écrire pour apprendre à écrire. Apprendre à parler.

    Écrire pour ne plus avoir peur.

    Écrire pour ne pas vivre dans l’ignorance.

    Écrire pour panser mes blessures. Ne pas rester prisonnier de ce qui a fracturé mon enfance.

    Écrire pour me parcourir, me découvrir. Me révéler à moi-même.

    Écrire pour déraciner la haine de soi. Apprendre à m’aimer.

    Écrire pour surmonter mes inhibitions, me dégager de mes entraves.

    Écrire pour déterrer ma voix.

    Écrire pour me clarifier, me mettre en ordre, m’unifier.

    Écrire pour épurer mon oeil de ce qui conditionnait sa vision.

    Écrire pour conquérir ce qui m’a été donné.

    Écrire pour susciter cette mutation qui me fera naître une seconde fois."

     

    Extrait d'un texte de Charles Juliet.

    Pour lire le texte dans son intégralité :http://remue.net/spip.php?article366

    Écrire...Charles Juliet est né en 1934 à Jujurieux (Ain). À trois mois, il est placé dans une famille de paysans suisses qu’il ne quittera plus. À douze ans, il entre dans une école militaire dont il ressortira à vingt, pour être admis à l’École de Santé Militaire de Lyon. Trois ans plus tard, il abandonne ses études pour se consacrer à l’écriture. Il vit à Lyon. Charles Juliet prépare actuellement ce qui sera son dernier journal.

    Pour sa bibliographie : ICI

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  • Mur...mure

    Sur un mur à La Charité sur Loire.

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  • Un livre, ce n'est pas un dialogue. Ce n'est pas une réponse, ni une discussion. Un livre c'est quelque chose qu'on te donne. Des mots qu'on te met dans les mains en te touchant l'épaule. Rien de plus. Rien de moins. Rien d'autre. Un livre, c'est un après-midi de fin de juillet après quelques jours de déprime. Tu as passé ta journée à reprendre des forces au bord d'un ruisseau. Juste en tenant la main de quelqu'un sous les ombres. Ensuite tu es rentré, as remplacé tes chaussures par de vieilles espadrilles, allumé un Cohiba. Et le chien à tes pieds. Et le vent dans les feuilles. Et puis tu as ouvert ce petit livre qui dort à la belle étoile sur la table de la terrasse depuis deux bonnes semaines. La Terre ronde, de François de Cornière. Tu l'as lu d'une traite. Et le chien à tes pieds. Et l'odeur du cigare. Et le vent dans les feuilles. Il y a plus de dix ans, quelqu'un quelque part t'a donné quelque chose en écrivant ces mots. Et tu ne savais pas que ce serait pour toi. Et il ne savait pas que ce serait pour toi. Et tu le reçois aujourd'hui, maintenant, avec ton chien, ta déprime, ton cigare, ton ruisseau. Et tu relèves la tête trois heures après dans un soir de juillet. Tu relis les dernières phrases. « Après le virage, on jette un dernier coup d'œil, au fond. Les volets sont fermés. La tonnelle désertée. Le carré du cimetière. Le rond du chaudron. Les accès sont juste dégagés. Il y a du sirop, renversé dans les herbes. Les fourmis qui arrivent. » Un livre c'est quelque chose qu'on te donne. C'est à toi, c'est pour toi. Tu peux le garder tout au fond de ton cœur. (Thomas Vinau)

    Un livre

    Thomas Vinau a écrit plusieurs romans chez Alma éditeur : La Part des nuages, Ici ça va, Nos cheveux blanchiront avec nos yeux... et beaucoup de livres de poésie, dont "Bleu de travail" (La fosse aux ours) et "Juste après la pluie" (Alma).

     


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  •   Les mots de tous les jours Il faut se méfier des mots. Ils sont toujours trop beaux, trop rutilants et leur rythme vous entraîne, prêt à vous faire prendre un murmure pour une pensée.

       Il faut tirer sur le mors sans cesse, de peur que ces trop bouillants coursiers ne s’emballent.

       J’ai longtemps cherché les mots les plus simples, les plus usés, même les plus plats. Mais ce n’est pas encore cela : c’est leur juste assemblage qui compte.

       Quiconque saurait le secret usage des mots de tous les jours aurait un pouvoir  illimité, – et il ferait peur.

    Jean Tardieu

     

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  • «Certains réduisent le langage à un code, un simple support d’information, un instrument, un outil de “communication”, oubliant que c’est souvent le poids des mots, ou leur absence, qui détermine notre existence ; et que plus on est capable de nommer ce que l’on vit, plus on est à même de le vivre et apte à le changer ».

    Michèle Petit (anthropologue)

    Le poids des mots

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