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    Le Printemps des Poètes vous offre quelques minutes d'échappées poétiques en compagnie de Valentine Goby.
    Captation vidéo réalisée à l'occasion du festival La Bibliothèque parlante 2019 dans le Jardin-Forêt de la BnF - Bibliothèque nationale de France.© Le Printemps des Poètes - Kolam Production - 2019


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  • Benjamin PéretLe poète français Benjamin Péret (1899-1959) est tout d’abord dadaïste puis membre du mouvement surréaliste de par son utilisation ardente de l’écriture automatique. Homme aux multiples visages - oppositionnel de gauche, poète, reporter, correcteur, prisonnier politique, ses poèmes reflètent une des idées centrales du Surréalisme : le concept du merveilleux en opposition aux coutumes de la société contemporaine.

     

    Dormir, dormir dans les pierres

    Le printemps est malade d'un cerisier nouveau
    d'un cerisier plein de fruits miroitants
    où sombrent les cils de porcelaine
    comme un regard dans un jet d'eau

    Assise flamberge assis vents
    La mer se décolore et le rouge domine
    Le rouge de mon coeur est le vent de ses îles
    le vent qui m'enveloppe comme un insecte
    le vent qui me salue de loin
    le vent qui écoute le bruit de ses pas décroître sur mon ombre
    si pâle qu'on dirait un poisson volant

    Benjamin Péret


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    Louise Desjardins (1943 - )est une poète et romaLouise Desjardinsncière québécoise. Elle s’est d’abord fait connaître comme poète et compte à son actif plus d’une dizaine de recueils. Louise Desjardins est également traductrice de poésie et biographe. Elle est également la sœur de Richard Desjardins, auteur-compositeur-interprète.

     

    Je ferme les yeux

    Un rayon de soleil

    Pénètre mes paupières

    Infrarouge

     

    Un filet de sang

    Fait son chemin

    Hors de moi

    Chaque fois

     

    Une voyelle muette

    À la fin des mots

    Nécessaire et invisible

     

    Mon père me regarde

    En pointe d'épingle

     

    Ses yeux silex

    Me coupent les ailes

     

    Le silence scellé entre nous

    Sur un pied de guerre

     

    Ma mère nous sert une soupe

    Tomate et alphabet

     

    Tête baissée

    Nous ingurgitons nos lettres rouges

     

    Tous ces mots en vrac

    Dans nos estomacs  

     

    Louise Desjardins


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  • TON SOURIRE EST ABSOLU

     

    je ne

    je

    merde

    je

    je ne

    me rappelle plus

    je

    jeûne

    je n’ai

    je

    merde

    le monde

     

    je n’ai pas vu le monde

    je n’ai pas vu le monde

    naître

    je n’ai pas vu le monde

    je n’ai pas vu le jour

    de ma naissance

    je n’ai pas vu le jour

    où ma main droite

    rencontra la main gauche

    je n’ai pas vu ta main s’ouvrir

    je n’ai pas vu les liens se défaire

    le maton a laissé la porte ouverte

    j’ai quitté terre

    j’ai sauté à pieds joints

    dans les flaques

    j’ai défait le jour

    à coups de pioche

    je me suis couché

    chez les morts

     

    corps contre morts

    quand tu mourras

    quand je te mourrais

    quand je te murmurerais

    quand je nous aurais murés mourants

    placardés de murmures sérigraphiés de silence

    copier/coller du réel à vendre

    quand je nous aurais murés murmurés

    quand je nous mourrais

    quand j’ouvrirai les yeux…

     

    alors je ne verrai plus rien

     

    Pierre Soletti (1971 - ) Poète, dessinateur, artiste de rue, auteur de littérature pour la jeunesse, dramaturge, éditeur… Son œuvre est marquée par le rejet des fatalités de l'existence, de la barbarie et l'amertume devant la brièveté de la vie — non sans humour et un sens aiguisé de la formule.


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  • "Tout est caché en toi", Can Yücel

    Can Yücel (1926 - 1999) est l'un des plus célèbres poètes turcs. Il est connu pour ses poèmes directs et sincères et pour son recours fréquent à une langue relâchée.

     

     

     

     

     

     

     

    Plus le sol t’attire, plus tu es lourde
    Plus tes ailes se débattent, plus tu es légère,
    Plus ton cœur bat, plus tu es vivante…
    Plus tes yeux voient au loin, plus tu es jeune…
    Tu es aussi bien que ceux que tu aimes,
    Aussi mauvaise que ceux que tu détestes…
    Quelque soit la couleur de tes yeux et de tes sourcils,
    Ta couleur est celle que ton prochain voit (en te regardant)…
    Ne vois pas les choses que tu as vécues comme profitables :
    Plus tu vis et plus tu te rapproche de la fin ;
    Vis autant que tu pourras vivre,
    Ta vie s’arrête à ce que tu aimes…

     

    Tu es aussi heureux que ce que tu as déjà pu rire.
    Ne sois pas triste saches que tu seras aussi heureux que ce que tu as déjà pu pleurer
    Surtout ne penses pas que tout est fini,
    Tu vas être aimé autant que ce que tu as déjà pu aimer.
    La valeur que la nature te donne est dans le lever du soleil
    Et tu es aussi humain que la valeur que tu donnes à ton prochain.
    Si un jour tu comptes mentir ;
    Laisse, tu es aussi humain que la confiance que tu accordes à ton prochain
    Le manque ressenti pour ton aimée se trouve dans la lumière de la lune
    Tu es aussi proche de ton aimée qu’elle te manque.
    N’oublie pas, plus il pleut et plus tu es mouillé,
    Tu es aussi chaud que le soleil qui te réchauffe.
    Tu es aussi seul que tu te sens l’être.
    Tu es aussi fort que tu te sens l’être.
    Tu es aussi beau que tu te sens l’être…

     

    Voilà c’est ça la vie !
    Voilà ça vivre,
    Tu vivras aussi longtemps que tu te souviendras de ça
    En oubliant cela tu auras froid à chaque inspiration que tu prendras
    Tu seras oublié aussi rapidement que tu oublieras ton prochain.
    Plus la fleur est arrosée plus est belle,
    Plus les oiseaux chantent plus ils sont mignons
    Plus le bébé pleure plus c’est un bébé.
    Saches le aussi, tu en sauras autant que tu en apprendras,
    Plus tu aimes, et plus tu seras aimé. 

     

     Can Yücel


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  • Marie Uguay

    Authenticité solennelle rythme la poésie de Marie Uguay (1955-1981), poète québécoise. Victime d’un cancer des os, elle cherche à travers sa poésie une réponse à l’obscurité des mots.

     

     

    Maintenant nous sommes assis

    maintenant nous sommes assis à la grande terrasse

    où paraît le soir et les voix parlent un langage inconnu

    de plus en plus s’efface la limite entre le ciel et la terre

    et surgissent du miroir de vigoureuses étoiles

    calmes et filantes

     

    plus loin un long mur blanc

    et sa corolle de fenêtres noires

     

    ton visage a la douceur de qui pense à autre chose

    ton front se pose sur mon front

    des portes claquent des pas surgissent dans l’écho

    un sable léger court sur l’asphalte

    comme une légère fontaine suffocante

     

    en cette heure tardive et gisante

    les banlieues sont des braises d’orange

     

    tu ne finis pas tes phrases

    comme s’il fallait comprendre de l’œil

    la solitude du verbe

    tu es assis au bord du lit

    et parfois un grand éclair de chaleur

    découvre les toits et ton corps

     

    Marie Uguay


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  • Adalgisa Nery

    Adalgisa María Feliciana Noel Annule Ferreira, plus connue sous le nom de Adalgisa Nery, née à Rio de Janeiro en 1905 , et morte à Rio de Janeiro, le 7 juin 1980, est une poétesse, militante, et journaliste brésilienne.

     

     

    J'aurais voulu être avec toi quand tu étais dans la pensée de Dieu,
    Quand ta mère t'a conçu et nourri de sa vie,
    J'aurais voulu être avec toi
    la première fois que tu as divisé les formes,
    Les couleurs et les sons,
    A ta première larme, à ta première joie,
    j'aurais voulu être avec toi,
    Avec toi dans ton enfance, dans ton adolescence,
    suivant de près les changements de ton physique.
    Dans ta première pudeur, comme dans ta première caresse,
    Je voudrais être avec toi à l'instant du départ de ton âme,
    De la décomposition de ta chaire de ton cerveau,
    de ta bouche et de ton sexe,
    Afin que je puisse continuer avec toi
    dans le Monde sans Espace et sans Temps.

     

    Adalgisa Nery


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  • Benjamin Fondane

    Benjamin Fondane est né en Roumanie en 1898 : avec Brancusi, Cioran, Tzara, Ionesco, Ilarie Voronca, Paul Celan, etc..., encore un "Roumain magnifique" dont la culture française peut s'enorgueillir, même si Fondane demeure occulté.
    Décembre 1923 : départ de Bucarest pour Paris. Dans les années 30, disciple de Chestov, proche d'Adamov, de Tzara; poète, philosophe, critique de cinéma, il se trouve au cœur de la vie intellectuelle parisienne. Le  7 mars 1944, il est arrêté par la police française, en même temps que sa sœur Line. Ils sont internés à Drancy avant d’être déportés à Auschwitz où Fondane est assassiné dans une chambre à gaz.

     

    Tout à coup

     

    J’étais en train

    de lire un livre

    quand tout à coup

    je vis ma vitre

    emplir son œil absent d’oiseaux légers et ivres

    Oui, il neigeait.

    La folle neige !

    Elle tombait

    tranquille et fraîche

    dans le cœur tout troué comme un filet de pêche.

    C’était si bon !

    et j’étais ivre

    de ces flocons

    heureux de vivre

    que ma main oublieuse, laissa tomber le livre !

    En ai-je vu

    neiger la neige

    dans le cœur nu !

    Ah Dieu ! Que n’ai-je

    su garder dans mon cœur un peu de cette neige !

    Toujours en train

    de lire un livre !

    Toujours en train

    d’écrire un livre !

    Et tout à coup la neige tranquille dans ma vitre

     

    Benjamin Fondane


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  • Edith Södergran

    Edith Södergran est une poétesse finlandaise d'expression suédoise née en 1892 et morte en 1923. Sa popularité en Scandinavie ne cesse de s'accroître. Elle est considérée aujourd'hui comme l'un des plus grands poètes scandinaves de ce siècle.

     

     

    Le pays qui n’existe pas

     

    Vers ce pays qui n’existe pas je me consume
    car de tout ce qui existe je suis lasse
    la lune m’a conté en runes argentées le pays qui n’existe pas
    Pays, où tous nos souhaits
    seront merveilleusement exaucés,
    pays où nos chaînes tomberont
    pays où nous trempons nos fronts blessés
    dans la fraîche rosée de la lune.
    Ma vie ne fut que brûlante illusion.
    mais j’ai trouvé et vraiment il fait parti de moi
    le chemin du pays qui n’existe pas
    le pays qui n’existe pas
    Là va celui que j’aime ceint d’une couronne étincelante.
    Qui est mon amour ? La nuit est noire
    et les étoiles tremblent de répondre.
    Qui est mon amour? Quel est son nom ?
    la voûte du ciel monte de plus en plus haut
    et un enfant s’est noyé dans les brumes infinies
    et il ne connaît pas la réponse.
    Mais l’enfant n’est rien autre que confiance,
    et il étend ses bras plus haut que tous les cieux.
    Vient alors une réponse : Je suis celui
    qui vous aime et sera toujours l’amour.

     

    Edith Södergran


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  • Matsuo Bashõ

    Matsuo Bashō (1644 - 1694) est unpoète japonais du xviie siècle  Il est considéré comme l'un des quatre maîtres classiques du haïku japonais (Bashō, Buson, Issa, Shiki). Auteur d'environ 2 000 haïkus, Bashō compose une poésie subtile qui crée l'émotion par ce que suggère le contraste ambigu ou spectaculaire d'éléments naturels simples opposés ou juxtaposés.

     

     

     

     

     

     

     

    Le chêne
    Sa mine indifférente
    Devant les cerisiers fleuris

     

    Rien ne dit
    Dans le chant de la cigale
    Qu’elle est près de sa fin.

     

    Épanouie au bord de la route
    Cette rose trémière
    Broutée par mon cheval.

     

    Sous la pluie d’été
    Raccourcissent
    Les pattes du héron.

     

    Un iris pousse sous l’auvent
    du crâne vieilli
    d’une sardine

     

    Matsuo Bashõ


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